Commentaires client les plus utiles
14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une expérience unique, 9 décembre 2004
La 13° et antépénultième symphonie de Chostakovitch est à part. Référentielle, narrative et descriptive, donc impure, elle peut paraître primaire et simpliste tant le compositeur y ose des options jusqu'au-boutistes. Ainsi le choix d'une basse soliste appuyée par un choeur de basses, le retour obsédant dans le premier mouvement de la cloche évoquant le tocsin, là où un compositeur "sérieux" l'aurait fait apparaître à deux ou trois reprises pourront sembler des façons outrancières d'enfoncer le clou de la noirceur. Cette manière de happer l'auditeur entraîne naturellement de sa part une réaction entière : on aime la 13° ou on ne l'aime pas, on plonge dans cet ouragan de souffrance ou on se gausse de la grossièreté des ficelles. Moi, je l'aime, je l'ai découverte dans cet enregistrement et je suis resté fidèle aux deux. La première raison en est le Concertgebouworkest. Capté par Decca dans le halo d'hallucinantes harmoniques sombres générés par cette extraordinaire phalange et sa non moins prodigieuse salle attitrée, il génère immédiatement une foule d'impressions visuelles, tactiles, olfactives, une hypotypose qui me paraît totalement en phase avec l'oeuvre. Les sonorités des orchestres d'obédience russe me semblent bien sèches et acides dans cette oeuvre précise, d'autant que leurs chefs se livrent général à une agression sonore sans climat, comparée au travail de Haitink avec son orchestre. En effet, un tutti du Concertgebouworkest ne "claque" pas comme celui d'un orchestre russe, enrobé qu'il est dans une généreuse réverbération développant des harmoniques elles-mêmes chaudes et rondes. Haitink sait conduire cette masse sonore, utiliser son inertie pour qu'elle produise un poids, une force prodigieuses une fois mise en mouvement. Ce résultat, il l'obtient en distribuant l'énergie sur d'immenses lignes qui trahissent sa culture "schuberto-brucknérienne". Mais, pour le son comme pour le style, je ne pense pas qu'on soit dans le contresens : un peu comme Verdi, Chostakovitch avait une prédilection pour les orchestres occidentaux et germaniques dans sa musique symphonique, où précisément la construction en arche s'inscrit dans une tradition austro-allemande. Rintzler est excellent, sans doute un peu scolaire dans son rendu du texte, mais avec une voix riche et dense bien appariée à l'oeuvre. Au fond, le choix de cette interprétation est peut-être aussi subjectif que l'amour que l'on peut avoir pour l'oeuvre, mais elle nous invite à la subjectivité, alors j'assume : pour moi, c'est Haitink sinon rien !
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Cathédrale incendiaire, 5 janvier 2011
Haitink surprendrait presque, dans cette interprétation de la 13e, tant il s'y montre résolument, farouchement engagé. Sûrement l'un de ses meilleurs enregistrements, tous compositeurs confondus, à coup sûr un pilier incontournable dans son intégrale Shostakovich - et dans une ½uvre qui compte parmi les plus hauts sommets de la musique symphonique - tous siècles confondus. Un MUST absolu, une écrasante cathédrale musicale, une synthèse incendiaire de science et d'émotion. L'enregistrement, d'une splendeur inouïe, sert un orchestre (et un ch½ur)au summum de son art, et qui se surpasse encore, galvanisé par un chef dont on ne dira jamais assez quel héritage il a légué à l'histoire de la musique.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un disque qui se passe de commentaire..., 2 juillet 2008
...mais osons néanmoins ces quelques lignes pour les mélomanes qui ne connaîtraient pas cette Symphonie pour chanteur basse, ch½ur d'hommes et orchestre écrite en 1962, neuf ans après la mort de Joseph Staline. Le poète Yevgeni Yevtouchenko fut un des observateurs les plus lucides de cette époque, et Chostakovitch conçut son antépénultième symphonie à partir de cinq de ses textes, dont le célèbre « Babi Yar » donna son titre à l'oeuvre entière. Du nom du ravin ukrainien de sinistre mémoire, ce poème dénonce violemment la manifestation de l'antisémitisme, évoquant l'Egypte ancienne et quelques cas de l'histoire moderne (Affaire Dreyfus, Anne Franck...) En contraste radical avec l'étreignante émotion soulevée par ce plaidoyer suit un poème sur la force insoumissible de l'humour. « Au magasin » rend hommage à l'honneur des femmes de Russie, puis un lugubre solo de tuba mène à « Peurs », qui replonge dans les sombres ambiances de l'indicible oppression. Introduit par de lumineuses arabesques de flûtes, « Une carrière » apporte enfin un rai d'espérance : affirmer son talent, quoi qu'il en coûte, une allégorie du courage de l'artiste sous la contrainte idéologico-politique ? C'est la présente interprétation, que j'avais découverte lors de sa parution originale dans un coffret de deux microsillons en 1986, qui me fit découvrir ce chef d'oeuvre. Ayant depuis entendu bon nombre d'autres versions, et même si l'on se doit de connaître aussi le témoignage gravé par Kiril Kondrachine avec la Philharmonie de Moscou (Melodyia), je puis dire qu'aucune ne se compare à la puissance émotionnelle véhiculée par le présent enregistrement par Bernard Haitink, les choeurs et l'orchestre d'Amsterdam. Animés par une ferveur de tous les instants, l'interprétation dirigée par le maestro néerlandais confère à cet opus la vraie dimension qui est la sienne : un des plus profonds et bouleversants monuments de la musique du XX° Siècle.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
|