Show Your Bones est le deuxième album des Yeah Yeah Yeahs, trio new yorkais emmené par la chanteuse Karen O, flanquée du guitariste Nick Zinner et du batteur Brian Chase. Pour faire suite au prometteur ‘Fever To Tell’, Gold Lion ouvre le bal, solide chanson ponctuée par les ‘oooh oooh’ toujours aussi sexy et rock’n’roll. Le groupe semble être revenu au meilleur de sa forme, séduisant par sa capacité (remarquable sinon unique) d’habiller des mélodies accrocheuses d’une parure sonique enthousiasmante, tantôt lacérée par des coups de griffes agrressifs, tantôt raccommodée par de tendre caresses acoustiques. L’équilibre trouvé entre les divers aspects de leur musique est remarquable et signale un groupe maître de son art.
Le morceau suivant, Way Out, mélodique et efficace, semble augurer d’un disque exceptionnel, jusqu’à la dégringolade malheureuse, ces pistes 3 et 4 agaçantes et poussives, un peu vaines, peut-être trop réminiscentes de leurs efforts précédents (et imitation sans grand relief de Rage Against The Machine pour Phenomena), qui mettent hélas en pièces la continuité et le déroulement du disque.
Honeybear se décide enfin à relever le niveau et ouvre la voie pour Cheated Hearts, tube pop aérien, à l’écoute duquel on ne peut s’empêcher de frétiller et dodeliner de la tête, plein d’une excitation adolescente, et c’est peut-être là la plus grande force des Yeah Yeah Yeahs, cette nouvelle jeunesse qu’ils offrent (avec d’autres) au rock, grâce à leurs bombinettes punk-pop irrésistibles. Chanson pop parfaite, ou pas loin, elle donne le ton de la suite du disque, dans laquelle les YYY varient les plaisirs, les tempos, les instrumentations (Warrior, ballade acoustique décharnée, un rockabilly punk avec Mysteries), pour un résultat dans l’ensemble plus apaisé et mélodique, où la voix de Karen O et les musiciens donnent la pleine mesure de leur talent, en terminant par un Turn Into de toute beauté, pop et euphorique.
En 40 minutes, le groupe signe un disque varié et ambitieux, énergique et mélodique, dont on peut simplement regretter le léger passage à vide qui l’empêche de réaliser pleinement son potentiel et le condamne peut-être à tomber rapidement dans l’oubli ou l’anecdotique. Quoiqu’il en soit les YYY ont d’ores et déjà rebondi suite à la hype qui les avait entourés à leur débuts, et feront probablement encore partie à l’avenir des groupes qui comptent dans un paysage rock dont on ne cesse d’admirer la vitalité en 2006, quoi qu’en pensent les grincheux passéistes.