On a toujours résumé Cake par le qualificatif d’alternatif, mais force est de constater que, depuis sept années, l’alternative en question, choisie par le groupe de Sacramento, fut le silence discographique : le temps de regretter cette trompette unique, un orgue zinzinant, quelques paroles à la limite du compréhensible, de saluer la carrière solo du chanteur-guitariste-fondateur du groupe Greg Brown, prolifique en terme artistique sinon économique, de se souvenir d’une prodigieuse version de « I Will Survive », et de passer à autre chose.
Un sixième album, et onze chansons plus tard, enregistrées dans le propre studio du groupe, alimenté par l’énergie solaire, et pour le compte de leur propre label, pour une grosse quarantaine de minutes, et la question s’impose : que reste t’il de notre affection pour un combo sinon majeur, du moins souverain dans cette seconde division, où parfois retentissent les harmonies les plus chatoyantes ? Á coup sûr, une capacité intacte à charmer, le talent de climats originaux, et cette faculté d’instiller un univers étrange dans le monde formaté de la pop, ce qui n’est déjà pas si mal.
Cake reprend donc ici Frank Sinatra («What Now Is Now »), et cela concourt à faire dresser les poils sur les avant-bras. Avant ou ailleurs, on croisera l’ombre portée de Beatles en visite dans une cantine de mariachis, ce qui génère ce son unique, entre mélodie et mélancolie. Plus loin, la basse fuzz disputera le devant de scène à une guitare explosive, et on comprendra que la nostalgie est toujours ce qu’elle était. Le premier single extrait du programme (« Sick of You ») s’enrichit d’inhabituelles orgues plénipotentiaires, et l’on aime bien le caractère charnu qui en découle. Et, partout, se joue une partie perverse entre passé et présent, innovations et réminiscences, temps qui passe et temps qui lasse.
Showroom of Compassion démontre que Cake n’a pas grandi, mais vieilli, ce qui ne constitue pas une malédiction, car nous en avons fait autant. Le charme du groupe implique qu’on n’ait pas une seconde le sentiment de se voir servir le même brouet, dans ce vieux pot où l’on produit les soupes les plus goûteuses. Et l’ironie, le sens du dramatique, un chant mélancolique, la mise en perspective des différentes atmosphères musicales, voire ces quatre paramètres réunis, rappellent à chaque mesure que les talents originaux ne meurent jamais. Enfin, on l’espère.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story