Si le grain ne meurt de Gide, pour l'antithèse poussée à l'oxymore du viril et du féminin tels qu'ils s'incarnent dans l'homosexuel sensible et cultivé. Certes Gide agace un peu les nerfs, surtout par ses Nourritures terrestres. Pour maniérée qu'elle soit, la prose de Gide, celle du Grain, qu'il revendique supérieure à la poésie, mérite amplement d'être goûtée jusque dans ses plus inutiles affèteries ; elle chante la chanson du confrère proustien, mais sans en avoir l'envoûtante complexité. Elle n'en est que plus délicieuse, enivrant avec légèreté. Certes, la phrase de Proust saoule, mais rien pourtant ne la vaut. Quant aux Nourritures, elles sont une grande houle parcourue de crispations d'âme telles que nous n'en avons plus ; mais peut-être n'avons-nous plus d'âme.