Un bon moyen d'embrasser d'un seul regard toute l'oeuvre symphoniques du compositeur finlandais, et ce, à moindre prix. De l'épique "En Saga", au mystérieux et déjà atonal "Tapiola", en passant par la chanson "Luonnatar" et par "Finlandia", hymne officieux de son pays, Jean Sibelius a laissé à l'histoire de la musique classique l'un de ses testaments symphoniques les plus singuliers : d'abord l'effusion romantique, puis l'idéal nationaliste, puis les expérimentations modernes, puis le minimalisme hypermoderne, puis ... le silence. Le contemporain de Mahler puis de Stravinsky, écoula en effet les trente dernières années de sa vie paisiblement retiré dans un chalet, avec son épouse, au coeur d'une région lacustre et boisée, sans rien composer, avant de rendre son dernier souffle à 92 printemps, en 1957. Période créatrice certes brève en comparaison de sa longévité exceptionnelle mais qui vît quelques perles qui, s'échappant de l'influence d'un Brahms ou d'un Richard Strauss, ne doivent rien qu'à leur auteur. En particulier, la seconde symphonie, qui fait exploser les règles classiques du genre : partant d'une mélodie qui se cherche et ne laisse apparaître de son caractère latent que des atomes, que des éléments volontairement incomplets et imparfaits, d'une structure encore largement enténébrée, le contour de l'oeuvre se dessine progressivement, de plus en plus nettement tout au long des mouvements, les fragments fangeux se croisent, se rassemblent, s'ordonnent inexorablement, le flux musical dirige alors l'ensemble vers sa résolution monothématique, ce thème lyrique qui émerge au début du dernier mouvement comme les premiers rayons du matin disloquant les ultimes nappes de brouillard qui recouvrent encore la terre. Une prouesse d'écriture symphonique tout autant qu'une transposition musicale de la philosophie leibnizienne des "monades", ce joyau exalte à lui seul un compositeur qui conjuguait, avec un heureux équilibre, raison et émotion pure.
Pour des versions d'approfondissement de la 2e et 7e symphonie, on pourra, notamment, se reporter respectivement aux versions de Szell (Sony, 1970) et de Karajan (DG, 1968).