On peut se poser la question...Gravée dans les années soixante à Vienne, ce premier essai sibélien de Lorin Maazel est effectivement un coup de maître, qu'il ne réiterera plus par la suite. On tient peut-être là le legs enregistré le plus élevé du chef...La première saute à la gorge, âpre, sans concessions à la pure beauté sonore, qui pour le coup ne passe pas pour autant aux oubliettes. La Quatrième est l'une des plus sublimes de la discographie, l'introduction angoissée au violoncelle semble établir un climat quasi chambriste, avant que l'orchestre ne déchire le ciel, la transparence orchestrale devenant celle de l'air recouvré. Les sixième et septième sont à l'avenant... la sixième plus eau pure que jamais. Maazel, hyper doué, a selon certains privilégié la perfection de la forme, le fini orchestral à l'exploration des gouffres. Il conjugue au plus haut, dans cette intégrale, le souci du "fini" avec l'affrontement du silence grondant des abysses rocailleuses...On pourrait même conseiller au néophyte de commencer directement par là, avant Bernstein (années 60 à New York), très recommandable lui aussi, mais peut-être moins magique que Maazel...c'est tout dire!
Puis Berglund ou encore Bernstein, le dernier, qui étire tout pour se vautrer dans le mystère (enregistrements DG, années 80).