Réalisé en décembre 2001, le présent disque confirme ses affinités avec le compositeur finlandais.
Telles que captées par les micros de Telarc, les cordes de Cincinnati m'ont d'abord parues un peu minces, mais pallient ce défaut de consistance par la ductilité, la recherche sur la couleur.
J'ai écouté ce matin la Symphonie n°2 par
Yoel Levi à Cleveland, la comparaison saute aux oreilles dès le premier mouvement : beaucoup plus personnel et imaginatif, Järvi ne reste pas prisonnier du texte mais y débusque une narration truffée d'idées justes et de convaincantes intuitions.
Il use d'une large palette de tempos pour le second mouvement. Pour commencer, très lent (noire à 46 jusqu'au Poco stringendo, -3'00), étirant un récit que le bassoniste semble puiser aux tréfonds des légendes kalévaléennes. Ces évocatrices langueurs sont ensuite dissipées par d'étonnantes fulgurances. Entre 6'09-6'25, l'intervalle de tierce strié en triples-croches devient nébuleux tant les cordes brouillent l'articulation à force de vitesse. Elles déchainent ensuite un Allegro en proie à la panique (7'34-8'04).
Notons aussi un autre effet inaccoutumé : cette façon de faire saillir les cornistes à la mesure 75 (3'47).
Le chef ne précipite pas le Vivacissimo (joué ici à blanche pointée = 89) mais en condense l'énergie latente. L'accalmie du Trio apparaît spécialement lente (noire à 101 entre 1'40-3'12) mais pas très suave dans la voix de ce hautboïste.
L'interprétation du Finale est particulièrement réussie. Je ne me lasse pas d'admirer la magnifique diction des violons dans l'épisode « con forza » (0'44), spécialement à 0'54 cet éventail qui s'ouvre de la quinte à la septième sous une chatoyante pression d'archet. Même lustrage à la mesure 226 (7'38) ; cela me rappelle grandement l'enregistrement de
John Barbirolli en 1952 à Manchester, qui flattait le même effet.
A 2'56, on observe un délicat dosage des bois : la clarinette insinue ses teintes aqueuses entre la flûte et le basson. Admirons cette magistrale gestion du flux musical à 4'40, quand les violoncelles ravivent très progressivement l'allure.
A 6'44, on savoure ces bois espiègles, et ce timbalier qui ponctue vigoureusement ses peaux au retour du tempo primo.
Ce qu'on entend ensuite cumule maintes qualités : intelligence, sensualité, finesse sans tonitruance. Animer la partition sans trahir le texte : écoutez comment la fanfare finale respecte les notes accentuées, sans trop l'infatuer. On ne peut qu'applaudir pareille maîtrise.
L'extrême raffinement de toutes ces options saura-t-il passer la rampe et convaincre des mélomanes avides d'un charisme plus démonstratif ?
En complément de programme, j'ai découvert cette Symphonie n°5 d'Eduard Tubin (1905-1982), rarement enregistré, qui crédite ce disque d'un attrait autrement original qu'une "Valse triste" ou un "Finlandia" qu'on nous propose habituellement en couplage.
Je ne connais pas cette oeuvre pour en livrer un commentaire, d'autant que le livret du CD s'avère succinct à son sujet. Mais Järvi, dont on sait avec quel dévouement il s'attache à promouvoir le répertoire de soin pays natal, me semble encore servir avec soin et conviction cette oeuvre de son compatriote.