Le "Silmarillion" n'est pas une oeuvre de Tolkien comme les autres. D'abord, le livre est issu de papiers de Tolkien compilés par son fils Christopher. Ceci explique l'aspect décousu du livre, et les incohérences du récit. Ensuite, c'est un ensemble de cinq récits, traitant presque tous des deux premiers Âges : "Ainulindalë" (la création du monde), le "Valaquenta" (description des Valar, divinités d'Arda), le "Quenta Silmarilion" (la quête des Silmarils, bijoux merveilleux créés par l'Elfe Fëanor et volés par Morgoth, le dieu maléfique), "Akallabêth" (la chute de Númenor) et enfin "Des Anneaux de pouvoir et du Troisième Âge". Le tout forme non pas un roman avec une intrigue suivie, des héros, etc., mais plutôt une mythologie, celle qui précisait manquait à la Grande-Bretagne.
Tout ceci explique l'aspect rebutant du Silmarilion : style archaïque proche de celui de la Bible, personnages très nombreux et difficiles à suivre (qui est le fils de Machin, frère de Bidule,d'autant que Tolkien se plaît à mentionner que Machin est également appelé Truc en Quenya, Schmilblick en Sindarin et Dugenou en Westron), intrigues compliquées qu'on n'arrive pas toujours à recoller ensemble... Bref, on est facilement déçu.
Mais le Silmarillion est une oeuvre intéressante à plus d'un titre. D'abord, pour l'amateur de Tolkien, qui verra le tableau dépeint dans "Le Seigneur des Anneaux" mis en perspective avec ce récit des premiers âges. Ensuite, pour le simple lecteur, mis en présence d'un mythe ample et puissant, aux héros mémorables, aux grandes aventures épiques et tragiques. Le Silmarillion, en fait, égale en grandeur le mythe de Gilgameth ou les Sagas islandaises.