Je ferme les yeux, respire un bon coup, appuie sur le bouton « Play » et « Silver Lake » se met en piste. Pas de chance, il parait que ce n'est pas son meilleur.
Vic Chesnutt n'a pas une voix aussi mélodieuse que certains autres de ses compatriotes (je parle de l'espèce songwriter, très en vogue ces derniers temps). Vic Chesnutt n'a pas une voix aussi écorchée, aussi râpeuse et usée par les bouteilles de whisky et de gin que ceux que j'apprécie habituellement. Et pourtant, il y a du bon, il y a du bien, à écouter. C'est le genre de musique que j'écouterai volontiers en regardant les rides d'un lac du Nord Michigan. Respirer l'air frais, sentir les illuminations du ciel se refléter sur la surface plane du Silver Lake. Même si parfois, la musique flirte un peu trop avec un esprit pop, l'ensemble possède une cohérence indéniable qui procure une envie irréfutable de poursuivre l'écoute jusqu'à son terme, en feignant une légère retenue. Car au moment où mon esprit s'évade sur la vaste étendue du Silver Lake, Vic me raccroche encore un peu plus avec sa ballade intime « Girl's Say », un moment déchirant et émouvant. Car au moment où j'en viens à compter les étoiles dans le ciel, un harmonica déchire le ciel, façon NEIL YOUNG, pour m'entraîner dans les langueurs d'un blues, « 2Nd Floor », avant de s'électrifier plus sauvagement, façon LOU REED...
Peu importe si ce n'est pas son meilleur... Peu importe si c'est une demi-déception... Peu importe si avant et depuis il a fait mieux. « Silver Lake » a sa place et le plaisir est là, le temps d'une rencontre avec James Victor, le temps d'une contemplation de 58 minutes et 54 secondes... Peu importe ou presque. Un truc est important : se souvenir de VIC CHESNUTT !
Une chanson reste une chanson.
Mais certaines sont beaucoup plus.
Des morceaux de vie.
De sa vie.