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4.0 étoiles sur 5
Compte de faits, 2 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Silver Surfer : (Comic)
Ce très épais recueil regroupe l'intégralité de la première série consacrée au "Silver Surfer". Il s'agit des épisodes légendaires écrits par Stan Lee et dessinés par John Buscema.
Les 7 premiers épisodes font quarante pages, avant que les suivants ne soient réduits à vingt, soit la pagination d'un épisode classique de l'époque. Il y a 18 épisodes au total, plus deux bonus : "Fantastic Four Annual 5" et "Not brand echh 13" (une courte interprétation humoristique des origines du personnage). Tous ces épisodes ont été publiés entre 1968 et 1970, pour plus de 500 pages au total.
Le personnage du "Silver Surfer", au départ créé par Jack Kirby dans les pages de "Fantastic Four" ("FF"), est un extraterrestre. Il fut transformé par le puissant "Galactus" en "Hérault cosmique" sillonnant le cosmos, avant qu'il ne trahisse son maître pour se lier aux "FF" afin de sauver la planète Terre. Depuis, Galactus l'a condamné à rester prisonnier de notre monde. Mais le héros, qui désire retrouver sa bien aimée à l'autre bout de l'univers, souffre d'une solitude infinie dans un monde dominé par la soif de pouvoir, l'appât du gain et la volonté de détruire tout ce qui lui paraît différent...
Voici la série la plus personnelle et la plus introspective de Stan Lee, le créateur des grandes figures de l'univers Marvel. Comme à son habitude, le scénariste insuffle beaucoup de fond à sa création, faisant du Silver Surfer et de sa solitude face à la cupidité de l'homme, un hallucinant miroir déformant de la condition humaine (sachant que le Surfer est argenté, on peut également dire qu'il est une forme littérale de miroir...), rongée par son avidité et son manque de compassion et d'altruisme. Le discours sous-jacent sur le droit à la différence, parabole à peine voilée de la gangrène raciste, renvoie directement aux "X-men", une autre série créée par Lee. Mais il va plus loin avec le personnage du "Surfer", car il lui permet d'élargir sa parabole en le confrontant à des défis plus existentiels, à travers des thèmes comme l'immortalité, l'enfer, le temps et l'infini. Puisque "Norrin Radd" (le Surfer dans le civil) est un être quasi-omnipotent, il est très intéressant de constater que son immense pouvoir ne lui sert à rien face aux principales valeurs de l'existence que sont l'amour, l'amitié, la confiance en son prochain et la perte de ses racines. C'est là tout le génie de Stan Lee, véritable auteur capable de condenser de vertigineuses digressions philosophiques dans de simples histoires destinées aux enfants.
En un sens, ce type de création issu de l'industrie des comics de "l'âge d'or" et de "l'âge d'argent" (c'est-à-dire des années 40 aux années 70), renvoie directement aux mythologies antiques autant qu'aux contes de fées issus des siècles précédents. On peut y puiser la même densité, le même sens de la parabole et, surtout, la même capacité à créer des mythes compréhensibles depuis l'enfance. Relire les épisodes du "Silver Surfer" aujourd'hui, c'est prendre conscience que tout vient de là. Aucun "space opéra" actuel, aucun mythe super-héroïque créé depuis lors n'échappe à son héritage. Par exemple, j'ai assisté bouche-bée au passage où le Surfer, dans une tentative désespérée de rejoindre sa bien-aimée, se met à tourner autour de la Terre à une vitesse telle qu'il finit par voyager dans le temps, soit une idée reproduite à l'identique dans le film
Superman, réalisé dix ans plus tard par Richard Donner !
Au fil des pages, on prend conscience que Stan Lee inventait à peu près tout ce qui tourne en boucle dans les histoires de super-héros depuis maintenant plusieurs décennies.
En revanche, pour ce qui est de la mise en forme de ces histoires, j'aurais très bien pu, si je m'étais contenté de noter ce livre uniquement par ce biais, cliquer sur 1 ou 2 étoiles... Car l'ensemble a catastrophiquement vieilli. Visuellement, ça va. L'aspect vintage des planches du grand Buscema possède un charme indiscutable (et une virtuosité indéniable). mais pour ce qui est de la narration et surtout des dialogues, on atteint des abysses de naïveté formelle : Des personnages qui commentent tout ce qu'il font à travers des tirades ridicules et ampoulées, qui s'insultent et se lancent dans des bagarres de bac à sable pour un oui ou pour un non, qui désirent dominer le monde dés qu'ils trouvent un caillou qui lance des rayons, qui imaginent des plans grotesques pour asservir leur prochain et qui se retrouvent comme par enchantement au moment même où le Surfer passe... la liste des niaiseries infantiles est trop longue pour que je puisse en rendre compte de manière exhaustive. J'avoue avoir lutté à la limite de la torture pour lire l'ensemble de ces épisodes.
Quoiqu'il en soit, j'en garde une satisfaction réelle. Celle d'avoir augmenté mes connaissances personnelles d'une part importante de la culture populaire qui, si elle demeure encore boudée par l'élite bienpensante, n'en demeure pas moins bien présente dans notre quotidien, et ce à travers tous les médias.
Ajoutez à cela une superbe édition en forme de livre de collection avec belle reliure "hard cover", papier glacé et participation de Stan Lee lui-même qui nous décortique sa création, et vous pouvez difficilement mettre moins de 4 étoiles au présent recueil...
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