Tina Turner est l'aînée (née en 1939) d'une fabuleuse génération de beautiful black ladies (Dionne Warwick est née en 1940, Aretha Franklin en 1942, Diana Ross en 1944). Des quatre, c'est Aretha Franklin qui sans doute représente la forme d'art la plus "légitime" (du gospel au jazz en passant par la musique soul et le R&B), couronnée par quelque 18 "Grammy awards". Dionne Warwick, à la voix chaleureuse et émouvante, est pourtant restée une chanteuse de variétés et ses grands succès des années soixante (dont le charmant "I say a little prayer for you") ont pâli par la suite. Diana Ross est très liée à Detroit et au style imprimé par la firme Motown. Tina Turner quant-à elle est plutôt une chanteuse de rock (bien qu'elle ait aussi fait du R&B et de la soul), et certainement celle des quatre qui se définit comme une bête de scène. Tina s'est battue contre une jeunesse difficile et une vie tumultueuse; elle n'avait d'autre choix: venant du vieux Sud (et non de New York ni de Detroit), elle a été mère à 14, puis à nouveau à 16 ans, ensuite a traversé de terribles épreuves avec la déchéance progressive de son partenaire et mari Ike Turner, drogué à la cocaïne, dont elle a fini par se séparer, fuyant sans un sou en poche pour échapper aux violences conjugales. Elle a alors connu, à force de ténacité, un formidable renouveau dans sa carrière à partir du milieu des années 80. Le présent CD récapitule ses principaux succès, couronnés par 8 Grammy awards, dont le célébrissime "What's love got to do with it" (on y trouve aussi sa version de "I can't stand the rain", mais c'est une reprise d'une chanson créée par Ann Peebles). Cette grande dame du rock est une drogue dure dont on devient addict.