Sin City est une oeuvre phare de Frank Miller, qui va ouvrir la voie à de nombreux émules devenus cultes à leur tour (on peut citer Mignole et son Hellboy par exemple), tout d'abord grâce à un graphisme sans concession, en noir et blanc uniquement, dont le contraste est poussé au paroxysme. Ombres et lumières uniquement. Ensuite, la recherche sur les personnages, qui sont tous des "gueules" au caractère bien trempé, eux aussi fortement contrastés. Gros caïds surcostauds, superbes filles aux courbes mortelles, tueurs impitoyables, le tout dans une ville à coté de laquelle Gotham City fait figure de Disneyland : Sin City (la ville du pêché, littéralement). S'y cotoie la lie de la lie de l'humanité, mais cette lie évolue paradoxalement en marge de la loi mais avec un code d'honneur strict. Les femmes de basses moeurs y sont sublimes mais imposent leur respect. Enfin, le scénario, poussé (pour l'époque) au maximum de ce qui se fait en matière de violence et de polar noir, confine le lecteur dans une surenchère d'hémoglobine (noire, forcément) et de situations violentissimes, mais jubilatoires.
Dans ce petit monde, Marvin, dit Marv, brute épaisse à la gueule cassée mais lui aussi suivant un code d'honneur du bad boy, a un bon fond mais est plutôt aux antipodes du diplomate de base. Il cogne puis réfléchit après. Ce brave Marv, envers qui la vie s'est toujours montrée cruelle et dure, se voir "offrir" une nuit intemporelle avec une femme aux allures de déesse, qu'il retrouve morte au matin à coté de lui. Effondré, parce que c'était la seule personne qui s'était jamais intéressé à lui, il va se mettre en quête de son assassin au cours de planches mémorables qui marqueront à jamais l'univers du roman graphique. Une quête violente depuis les bas fonds juqu'aux hautes sphères, dans laquelle les ennemis de Marv seront tous traités avec la même attention : la cruauté la plus extrême. Et cette quête va nous mener aux confins de l'horreur humaine, devant laquelle Marv se montrera intraitable et jusquauboutiste.
Sin City, premier opus, est un véritable coup de poing dans la face de l'establishment, des règles de la bd, des limites convenues, de la morale, de la retenue, et ouvre la voie à plusieurs autres tomes du même tonneau : magistraux.
Culte.