Vers la fin des années 90, la plupart des groupes issus du metal sombre s'adoucissent et touchent un plus large public : Anathema, Paradise Lost, The Gathering, Cemetary, Tiamat, My Dying Bride... Moonspell ne fait pas exception à la règle, et livre, en 1997, son album le plus "soft" avec "Sin/pecado".
Le chant de Fernando Ribeiro se fait plus subtil, vraiment maîtrisé; souvent comparé à Peter Steele (Type O Negative), il s'impose comme le crooner gothique de référence, mais attention : un crooner pervers et inquiétant. Les voix hurlées ont quasiment disparu de cet album, et leur rareté ne leur donne que plus d'efficacité.
La musique, elle aussi, a beaucoup évolué : elle est toujours aussi sombre, étouffante, voire plus, mais on a davantage de claviers, d'atmosphères. Les guitares sont toujours rageuses, mais savent également se montrer plus douces ("Mute", "The hanged man"). Quant aux influences, elles sont encore plus variées que par le passé : un groove unique dans le genre (merci à Sergio, le nouveau bassiste) donne une autre dimension, moins "binaire", à l'ensemble, des effets electro renforcent l'aspect gothique ("EroticA", "Slow down !"), et des percussions ethniques plongent l'auditeur dans un monde parallèle.
Et puisqu'on parle de monde parallèle, évoquons les textes : jamais ils n'auront été si profonds, si passionnants. Finis les vampires et les loups-garous des débuts, les sujets sont la religion, la révolte, le conflit avec Dieu. Elevés dans le catholicisme du Portugal, les membres de Moonspell ont beaucoup à dire ! Et toute leur force est de ne plus tomber, comme beaucoup, dans un satanisme un peu facile et, il faut bien le reconnaître, assez ridicule. Ici, on serait plutôt du côté de "La dernière tentation du Christ" (cf. "Magdalene", l'un des plus beaux titres du groupes). Le discours est très critique ("HandmadeGod", "Let the children cum to me..."), mais l'humour et la dérision ne sont jamais loin.
Ajoutez à cela que les mélodies, qui n'étaient pas forcément le point fort du groupe sur "Irreligious", sont superbes et efficaces ("Abysmo"), et vous comprendrez que cet album mérite bien ses cinq étoiles, même si, sur la fin, l'intensité baisse un peu. Le groupe prolongera l'expérience par des sets acoustiques (!!!) mais, contre toute attente, alors que le succès n'avait jamais été aussi grand, durcira à nouveau son propos par la suite, sans jamais écouter la voix du grand public. C'est tout à son honneur !
En résumé, "Sin/pecado" n'est pas un album parfait, bien sûr, mais il est source de réflexion et de fascination comme bien peu de disques du genre. Laissez-vous tenter vous aussi, plongez dans l'univers étrange et ésotérique de Moonspell !