Akira Ifukube (1914-2006), "Symphonie Tapkaara", "Ritmica Obstinata", "Fantaisie symphonique n°1", Russian Philh. Orch, Dmitri Yablonsky, 2004, 1 CD Naxos.
"Tapkaara" désigne une danse de la tribu des Aïnous, les premiers habitants, de race blanche, du Japon, dont il ne subsiste que quelques milliers d'individus. Celle-ci est dansée par le chef de la tribu, le plus souvent en hommage à la terre. Akira Ifukube, fils d'un prêtre shintoïste qui, sur l'île d'Hokkaïdo, fréquentait les Aïnous, ce qui était inhabituel et assez mal vu, pour un Japonais dans les années 20 et 30, fut impressionné par les rythmes obstinés frappés sur le sol par les pieds du danseur. La symphonie Tapkaara, composée sous l'inspiration de ces rythmes tribaux, fut terminée en 1954, remaniée en 1979, et créée l'année suivante par Yasushi Akutagawa à la tête de l'orchestre symphonique de Tokyo. Le même chef et le même orchestre l'enregistreront pour la firme Frontec en 1983. Je ne sais si ce 33 tours exemplaire, que je possède toujours, est reparu en CD, mais ce serait très souhaitable car Dmitri Yablonsky nous donne de cette symphonie une version très sage, trop sage, passant, particulièrement pour le premier mouvement et le finale, à côté de la frénésie sauvage, de l'extase trépidante qu'Ifukube a si bien rendue, et que l'auditeur doit subir, énervé et fasciné à la fois.
La "Ritmica Ostinata pour Piano et Orchestre" (1961- rév. 1972), très proche par l'orchestration de la symphonie, témoigne de l'influence de la musique répétitive et post-minimaliste sur Ifukube tout en conservant une rythmique typiquement orientale. Est-ce la pianiste Ekaterina Saranceva qui l'entraine à sa suite, toujours est-il que Yablonsky fait preuve ici de plus de tempérament que dans la "Tapkaara" et convainc tout à fait.
Connu surtout pour ses musiques de films (il en composa plus de 250), Akira Ifukube a réuni quelques thèmes de ses plus grands succès, dont celui du fameux "Godzilla", dans la "Fantaisie Symphonique n°1", présentée ici en complément de programme. Personnellement, j'aurais trouvé le portrait plus complet avec la "Rapsodie Japonaise" (1936), composition enthousiasmante, d'autant que la musique de films d'Ifukube est déjà bien représentée au disque.
Quoi qu'il en soit un CD qui, s'il n'est pas toujours à la hauteur pour l'interprétation, constitue une première approche satisfaisante d'un compositeur important du XX° siècle.