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5.0 étoiles sur 5
Michelle Valley, 4 avril 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Singapore sling (DVD)
Sous une pluie battante deux femmes, une mère et sa fille, creusent un trou dans un sol boueux et gorgé d' eau. Un homme, Singapore Sling, blessé à l' épaule, cherche son amie Laura, disparue depuis trois ans lorsqu'il tombe sur les deux femmes. Persuadé que celle qu' il aime est morte, il s' enferme dans sa voiture pour s' y évanouir plutôt que de demander de l' aide au couple qui vient d' interrompre son œuvre pour se désaltérer. Essoufflées, les deux femmes se dirigent près d' un bosquet derrière lequel elles ont dissimulé le corps d' un homme éventré qu'elle tirent alors vers le trou qu'elles viennent de creuser pour l' y enfouir. L' homme n' est en réalité pas encore mort puisqu'il tente désespérément de sortir du trou dans lequel il repose avant que l' une des deux femmes ne se décide à l' assommer à grands coups de pelle. De retour chez elle, la fille se lance alors dans une étrange litanie qui révèle la grande perversité dont sa mère et elle semblent faire montre depuis trois ans. Elle semble assumer son rôle de meurtrière en avouant être l' auteur avec sa mère du meurtre de Laura, la jeune femme que recherche Singapore Sling. Elles jouent ensemble à se remémorer l' arrivée de Laura dans leur étrange demeure. Semblant fuir son existence, elle est tombée dans le repaire de deux femmes visiblement attirées par les nombreux jeux pervers et brutaux mis à disposition par leur imagination débordante.,
Alors qu' elles pleurent la disparition de l' homme qu' elles viennent d' enterrer, tué pourtant par leurs mains assassines, la sonnerie de la porte d' entrée retentit et c' est armée du luger de son père défunt que la fille ouvre la porte pour se retrouver face à Singapore qu'elle assomme à coups de crosse...
Filmé dans un superbe noir et blanc "Singapore Sling" peut se vanter d' être en tout point un film unique en son genre. Il faut y voir tout d' abord une œuvre poétique traversée de séquences d' une beauté fulgurante même si les trop nombreux passages outranciers viennent pervertir l' ensemble et ce dans la toute première demi-heure. En effet, le réalisateur Nikos Nikolaidis s' amuse à accumuler en très peu de temps des scènes qui pourront rebuter les estomacs les plus fragiles. Catalogue subversif des déviances engendrées par l' esprit tourmenté d' une mère et de sa fille, le cinéaste nous offre tout ce que l' homme a inventé de plus scabreux. Nécrophilie, scatologie, sado-masochisme, etc, se diluent à force d' être assénés et leur impact est moindre et leur accumulation effraie à l' idée que le film ne sera jusqu'au bout qu' une succession d' abominations. Heureusement ce débit volontiers horrifique qui dépasse allègrement des films tels que "La Grande Bouffe" ou encore "Sweet Movie" dans ce qu'ils ont de plus abjecte se tarit au premier tiers pour se consacrer aux personnages eux-mêmes. Meredyth Herold et Michèle Valley campent respectivement les rôles d' une fille et de sa mère vivant dans une grande demeure que les vents et la pluie ne cessent de fouetter et jouant à de troublants jeux violents et érotiques. Elles s' amusent à mettre en scène le meurtre de la jeune Laura (morte trois ans plus tôt) que le détective Singapore Sling tente de retrouver par tous les moyens. Panos Thanassoulis campe le rôle de cet homme blessé qui va connaître entre les mains des deux femmes les pires tourments avant de participer, totalement déboussolé, à leurs jeux ambigus afin de préparer son évasion. A aucun moment l' on ne verra l' homme prononcer le moindre mot, tout juste le verrons-nous tenter d' exécuter un mouvement de synchronisation dont la réussite coïncidera au retour de ses facultés intellectuelles. Seule une voix-off nous offrira quelques textes d' une intelligence rare (notamment au tout début du film) pour cet homme qui dans son mutisme rappellera parfois certains personnages burlesques rencontrés dans le cinéma expressionniste allemand.
Meredyth Herold est absolument divine dans son rôle de femme-enfant perdue dans les affres de la folie depuis que son père décédé l' a violée alors qu' elle n' était encore qu' une enfant. Michèle Valley campe quand à elle une mère dure et dominatrice crainte par sa fille. Panos Thanassoulis lui n' a d' autres moyens que de subir les assauts perpétuels des deux femmes en espérant y trouver son salut que l' on espère voir en la jeune fille qui à plusieurs reprises nous semble être de son coté. En réalité chaque intervenant joue sa propre carte dans son propre et unique intérêt. Le prisonnier creuse un trou dans le jardin que l' on espère destiné à l' une ou l' autre de ses geôlières avant que le dernier plan du film, accompagné d' un dernier superbe monologue en voix-off ne nous aiguille sur sa réelle finalité. La bande-son quand à elle participe à l' incroyable beauté de certaines scènes qui sans elle deviendraient peut-être plates et sans émotion. "Singapore Sling", c' est certain, ne plaira pas à tous le monde et c' est malheureux. Certains le taxeront sûrement de petit film camouflant son faible scénario derrière une accumulation de plans sordides mais en réalité il faut y voir un grand film. De ceux qui marquent par leur originalité et leur poésie. Qui parlent aux vrais amoureux du septième art, de ceux qui préfèrent parfois réfléchir plutôt que de simplement se divertir. Ce qui fut mon cas.
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