Le livret du CD mentionne que Thomas Beecham reconnaissait que « l'oeuvre symphonique de Beethoven, plus qu'aucun autre compositeur, est essentiellement dramatique ».
Excellent quand il s'appliquait à vivifier les classiques viennois (Mozart, Haydn, Schubert), le style aristocratique et malicieux de la direction du chef anglais s'accommode pourtant assez mal de l'univers tourmenté de "L'Héroïque", pour peu qu'on en juge à l'écoute de cette interprétation, gravée entre le 20 décembre 1951 et le 13 août 1952.
Cet enregistrement, le seul qu'il réalisa de cet opus, est l'un des moins convaincants que j'aie entendu : un "Allegro con brio" d'emblée peu éveillé, qui peine à maintenir la tension narrative. Veut-on nous raconter quelque chose d'ailleurs ?
Un "Adagio assaï" nonchalant qui semble écrire avec le doigt sur un vieux meuble poussiéreux.
Pourtant mené par des cornistes d'exception dont Dennis Brain, l'on attend en vain que le Scherzo daigne s'enthousiasmer.
Même le finale, qu'on aurait pourtant cru si propice à la verve espiègle du maestro britannique, déroule un papier peint suranné.
Le Royal Philharmonic, habituellement si flamboyant et virtuose, ferait presque ici bailler d'ennui, comme pour nous dire : « vous voyez au fond, cette musique n'est pas si terrible »...
Mon jugement paraîtra excessivement sévère mais en écoutant ce chef qu'on admire tant dans d'autres répertoires, on ne peut cacher que la déception est cruelle.
Heureusement, l'Ouverture de "Coriolan" manifeste un acabit moins velléitaire.
Qui veut entendre Beecham inspiré par Beethoven se reportera plutôt vers la "Pastorale" ou la "Huitième", disponibles dans un autre volume de la même collection, ou aux "Deuxième" et "Septième" gravées tardivement pour EMI, deux opus du Maître de Bonn qui trouvaient grâce sous la baguette du Baronet.