Nous sommes en 1974. La musique planante est en plein essor. Durant les années qui vont suivre (certains ayant déjà commencé), Walter Carlos, Klaus Schulze, Tangerine Dream, Ashra, Zanov, Jean-Michel Jarre, Michael Garrisson, Kraftwerk,...(la liste serait encore longue) exploitent les synthétiseurs, avec le Moog en tête de peloton, pour nous propulser dans un univers sonore sans limites...
Tomita quant à lui, se limitera principalement au répertoire classique, nous offrant des interprétations très personnelles de partitions de compositeurs divers : pour ce disque, il a choisi des oeuvres de Claude Debussy.
Son travail est très soigné. Les notes, toutes les notes sont bien là, mais ce sont les sonorités qui étonnent. Le Big Moog et le travail colossal réalisé sur l'enregistrement lui ont permis de nous livrer des interprétations vraiment particulières. Les sonorités d'abord : elles sont très variées et permettent de recréer l'atmosphère de chaque morceau. La Cathédrale Engloutie l'est vraiment, les ambiances et les timbres sont "liquides". Le Clair de Lune est "aérien". Des Pas sur la Neige est hivernal à souhait. Et ainsi de suite. Chaque titre de Debussy permet à Tomita de peindre à sa manière un tableau évocateur.
Ceux qui sont exclusivement amateurs de concerts classiques, les auditeurs traditionnels, les puristes seront frustrés, voire choqués par les libertés prises avec la musique. La variété de timbres (on est très loin des sonorités d'instruments classiques, et il n'y a même pas l'ombre d'un timbre de piano), l'humour particulier de Tomita (voix synthétisées ou déformées) et les effets sonores placent l'auditeur au centre d'un véritable tourbillon, à la limite de l'étourdissement tant les informations sont nombreuses et surprenantes.
Une question que l'on pourrait se poser est de savoir ce que Debussy et les autres compositeurs choisis par Tomita auraient fait avec les moyens techniques gigantesques dont cet interprète est le champion incontesté.
Mon disque noir a subi les assauts des années. Le cd a effacé les rides de reproduction. Mais, Debussy par Tomita reste...une curiosité !