'['] ce dernier plaisir, le plus haut, le plus exquis de tous: celui d'uriner sur la mort elle-même [']'
Patrick DECLERCK, Socrate dans la nuit. (page 236)
Cornélius Van Zandt a une tumeur au cerveau. Comme Socrate dans son cachot, il est condamné. Socrate dans la nuit est le montage parallèle de ces deux progressions vers la fin. Cornélius se raconte et raconte Socrate, l''apostrophant, le bousculant et le renversant. Ce très simple dispositif permet de manifester ce fait dont l''évidence est devenue invisible : la mort est le moment, pour chaque homme, de sa plus grande matérialité, et de sa plus grande abstraction. Socrate dans la nuit est un livre enragé et noir. Mais dans sa netteté, son cynisme radical, ses blagues méchantes, il y a une vraie élégance.
Un nom est absent de ce roman, mais il est difficile de ne pas songer à lui : Diogène, le philosophe cynique, Diogène, le disciple d''Antisthène, Diogène, l'adversaire de Platon. Il y a dans Cornélius une résurgence de cette figure d''enragé.
Malgré les profondes variations qui différencient ces auteurs, Patrick Declerck, en se dotant d''un tel double cynique, rejoint cette famille d''écrivains et d'artistes énervés que sont Louis-Ferdinand Céline, Philippe Caubère, Pierre Desporges, François Weyergans et Martin Winckler. Ce serait l''occasion d'un bel essai, que de chercher à lier ces réincarnations diverses du bon Diogène. Comme si à cinquante ans, tout homme devait choisir, soit Socrate, soit Diogène.