Sur le plan artistique, « Un ange trépasse » et « Lettres à Satan » sont les albums les plus réussis de la série Soda, et ce premier album est à mes yeux un véritable joyau. Il aurait pu être un « one shot », comme on dit ; un album sans suite, sans dérivés ultérieurs (je crois que « Lettres à Satan », le deuxième album, nous en dit déjà trop sur le passé de Soda, flic de choc et faux pasteur...). Dans « Un ange trépasse », le début ressemble à une parodie de Starsky et Hutch et la fin ressemble à Sudden Impact, le meilleur des « Dirty Harry ». Voilà pour l'ambiance. Certes, le scénario de Philippe Tome n'est pas d'une grande subtilité : l'enquête progresse de manière simpliste, comme dans les albums suivants, et les personnages manquent de complexité. Mais Warnant, le dessinateur des deux premiers albums de la série - il a quitté la bande dessinée à la fin des années 1980 -, possédait un graphisme franquinien apte à exprimer toutes les tonalités, apte à nous faire passer insensiblement de la comédie à la tragédie. Cette virtuosité graphique était nécessaire pour faire tenir ensemble les éléments du scénario, et elle y réussit pleinement, au point que le lecteur, arrivant au terme d'un récit sans réelle profondeur, se sent ému par la trajectoire des personnages. À rapprocher, pour ces qualités, du dessin de Didier Conrad au temps d'Aventure en jaune (version 1982) et de celui de Marc Hardy dans Le chien des cisterciens (autre merveille). Pas grand-chose à voir avec le trait appliqué, propre et lisse de Bruno Gazzotti, son successeur.