Plutôt que de se précipiter dans l'inévitable affrontement entre thérapies académiques et pratiques alternatives, les auteurs ont cherché à comprendre les intemporels de la maladie, autrement dit sa réalité profonde, psychique probablement mystique pour dégager le tronc primitif à partir duquel seront alors observées les différentes méthodes de guérisons au travers de l'histoire et des groupes sociaux. C'est dire qu'inévitablement la maladie est soumise aux forces qui animent son milieu, que celles-ci soient affirmées, patentes ou au contraire confuses occultes et même mystiques.
De telles conceptions se heurtent obligatoirement aux modernistes qui veulent que tout problème soit contenu dans des critères bien définis, de protocoles généralistes, et surtout de prises en charge validées par des écoles de pensées, des croyances, des académismes qui s'ils protègent des charlatans, déresponsabilisent les malades et les placent dans un état de passivité.
La médecine d'aujourd'hui, qu'elle soit de l'âme comme du corps, considère la maladie dans le cadre restreint d'un dérèglement organique, ou une sortie des chemins balisés de la norme psychologique, ignorant autant que possible le lien entre les maladies du corps et de l'âme. Tout au contraire le chamanisme entend faire du patient un collaborateur actif de sa guérison d'une maladie qui est d'abord une altération du lien social, qu'il soit celui des vivants comme celui des esprits. En d'autres termes la thérapie moderne divise, sépare, sectorise dans la limite du ici et maintenant, alors que le chamanisme inclus la maladie dans une globalité qui n'est ni limitée par l'espace ni par le temps et qui en conséquence ne s'arrête pas aux apparentes frontières de la vie manifestée.
Au-delà et malgré les certitudes scientifiques, les auteurs tentent de détecter dans les thérapie actuelles la persistances de rituels archaïques comme par exemple la manifestation d'avatars de la transe chamanique dans le processus de guérison des psychothérapies au travers des états hypnotiques ou des phénomène de transfert en psychanalyse. Mais au bout du compte un constat s'impose, comme les grandes religions n'ont jamais réussi à éliminer les paganismes, la médecine moderne n'a jamais réussi à évincer le guérisseur ni le sorcier.
Cet ouvrage rédigé dans un langage clair ne concerne pas uniquement les thérapeutes mais s'adresse également à tous ceux qui sont intéressés par le sens des rituels ou par les médecines alternatives, non par effet de mode ou de snobisme, mais parce qu'elles constituent un lien privilégié avec l'essence des choses et des êtres, ces fameuses âmes qui ne seraient pas l'exclusive d'une espèce mais qui seraient contenues, actives, réactives dans chaque atome de l'univers.
Rien à voir avec les délires new-âge, mais un travail de fond d'une exceptionnelle qualité et exempt de tout parti-pris qui navigue sans cesse entre magie et science, entre visible et invisible, sans jamais s'égarer. Un travail qui va bien au-delà de ce petit aperçu très succinct. Rare, à ne pas manquer
ps: pour une autre approche du phénomène social dans les rites de guérisons on lira utilement
Les yeux de ma chèvre: Sur les pas des maîtres de la nuit en pays douala (Cameroun) ainsi que les autres écrits d'Eric de Rosny.