Un livre de science-fiction tout à fait remarquable, qui déborde de loin les cadres traditionnels du genre puisque l'on est en droit de lire Solaris comme une immense parabole traitant de l'homme face au mystère. Face à Dieu serait-on tenté d'écrire, mais un dieu joueur, obscur, inconnaissable : une immense intelligence de la taille d'un monde-océan. Bref, plus que sa réduction au problème (somme toute classique) de la rencontre entre l'homme et une forme d'intelligence extratrestre (ce thème ayant d'ailleurs été admirablement illustré par Plus vaste qu'un empire de Le Guin ou L'étoile et le fouet de Herbert), Lem évoque le mystère de la rencontre avec le divin qui, ici, ne peut se lire qu'en creux et en absence, celle de la femme aimée puis morte et retrouvée. Et l'auteur de nous suggérer que toute véritable rencontre, toute "réelle présence" ne peut se faire que dans et par l'absence, cette "aorasie" dont parlaient les Grecs, cette "Reprise" qui hanta l'oeuvre de Kierkegaard. Dans le roman, le héros est ainsi confronté au mystère d'une femme qu'il a jadis aimée et qu'il doit apprendre à aimer de nouveau, puisque, rigoureusement identique à la suicidée, la belle Harey, créature de Solaris, n'en est pas moins une bouleversante réponse apportée au désespoir du personnage principal.
A ce titre, seule la superbe adaptation de Tarkovski rend justice de la complexité de l'oeuvre de Lem, certainement pas celle, onctueuse, larmoyante et interminable, de Soderbergh, qui se concentre presque uniquement sur la relation amoureuse entre les deux personnage, non sur l'énigmatique présence de ce qui a été perdu, irrémédiablement, donc rendu à jamais... Mieux : donné.