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Après deux albums au sein du groupe IAM, le rappeur Akhenaton livre en 1995 un album solo riche et introspectif. Enregistré à Naples, d'où est originaire la famille de Philippe Fragione (son vrai nom), et mixé à Capri,
Métèque et Mat est une œuvre essentiellement autobiographique, qui met l'accent sur l'ascendance italienne (du Sud) et la filiation spirituelle de l'artiste marseillais. Reposant sur ses croyances religieuses (Akhenaton est converti à l'islam) et sur une culture supérieure à la moyenne de ses pairs, le leader d'IAM se fend de titres mystiques, comme "Prométhée", mais n'en oublie pas pour autant de garder les pieds sur terre. Le racisme de ses compatriotes (FN et Ligue lombarde notamment), le leurre américain et l'incompétence de certains fonctionnaires sont ainsi pourfendus dans un mélange de colère et d'humour. Mais c'est le single tonique "Bad boys de Marseille" (avec la Fonky Family) qui fera de ce disque très personnel un succès public.
--José Guerreiro
Critique
Métèque et Mat fait partie de ces albums que l’on peut réécouter des années après leur sortie sans avoir envie de sauter de plage en plage, la plupart des titres témoignant ici d’un rap de grande qualité. Alors qu’il avait la possibilité de le faire à Marseille ou à New York, c’est en Italie qu’il choisit d’enregistrer ce premier album solo, « pour la bonne et simple raison », précise-t-il alors, « que l’album est résolument dans l’esprit d’un retour aux sources italiennes et que le producteur Nick Sansano [producteur new-yorkais, qui a travaillé notamment avec des groupes de rock, ainsi que des artistes rap de premier plan, tels Ice Cube et Public Enemy, ainsi qu’IAM, NDLR] est d’origine napolitaine ».
L’album – dont les textes, n’ayant pas leur place sur le double album d’IAM
Ombre Est Lumière, l’ont décidé à enregistrer en solo
– s’ouvre sur
« La Cosca », une plongée en Italie, assortie d’un refrain oriental. Sur
« L’Americano »,
Akhenaton se souvient du temps où il se prenait pour Tony Montana, le héros de
Scarface. Se distinguent encore le touchant et lucide
« Je ne suis pas à plaindre », ainsi que
« Lettre aux hirondelles », témoignage d’un détenu.
On sourit sur
« Je suis peut-être…», où le rappeur se moque tel Cyrano de son poids-plume et on rit sur l’hilarant
« Eclater un type des Assedic ». On s’interroge avec
« Prométhée » et
« Un brin de haine », récit du racisme ordinaire. Et on danse sur
« La face B » et sur le tube
« Bad Boys de Marseille », qui a révélé la Fonky Family.
Le son est peut-être un peu daté, mais les mélodies restent indélébiles.
Paula Haddad - Copyright 2012 Music Story