Platine - Janvier 1999
Enregistré au POPB le 26 septembre dernier, ce concert des 3 stars du raï, au concept bien pensé et servi par un titre malicieusement inspiré du film de Bertrand Blier dont Khaled composa la musique, a constitué l'un des événements musicaux de cet automne. Avec une pointure comme Steve Hillage (ex- Gong) à la direction musicale , Khaled, Taha, et le benjamin Faudel n'ont eu aucun mal à puiser dans leur répertoire respectif des titres à enflammer, dès les premières minutes, un public en transe et issu de plusieurs générations ("Ya Rayah", "Didi", "Tellement N' brick"...). Si l'enregistrement un peu confus n'est pas à la hauteur des moyens déployés (soixante-trois musiciens, véritables virtuoses de la musique orientale), la générosité et la sympathie inspirée par ces trois ténors-là, à coup de mélopées vocales et de sourires enjôleurs, feraient faire la danse du ventre aux plus empotés. On se demande tout de même où était passé Cheb Mami (un artiste Virgin, certes) pourtant présent au dernier concert de Faudel à la Cigale.
Critique
26 septembre 1998 : le raï est partout en France : ayant depuis longtemps conquis les pistes de danse et le cœur (et le porte-monnaie) des jeunes. Il sait, grâce à quelques-uns de ses représentants émérites, se frayer un chemin, même dans la programmation des stations de radio les plus réticentes.
Le raï est partout sur la scène d’un Palais Omnisports de Paris-Bercy bourré à craquer, de plus de 15 000 spectateurs impatients de se noyer dans tous les parfums du monde. L’affluence se presse pour applaudir à un projet joliment intitulé, en hommage au film de Bertrand Blier (dont Khaled avait signé une musique lauréate d’un César). Rachid Taha, éternel chien rebelle qui, de son groupe Carte de Séjour à une carrière en solo, a toujours brandi le drapeau de la mémoire et du combat actuel ; Khaled en prince de la synthèse, merveilleux alchimiste de toutes les influences, de la plus profonde racine maghrébine, aux plus modernes avancées de la variété ; Faudel, en héritier naturel des deux premiers, sans complexe Arabe, Français, et musicien du monde.
De
« Voilà voilà » à
« Tellement N’Brick », en passant par
« Didi » ou
« Aïcha », chacun se prête au jeu en offrant ses plus belles compositions à une relecture en solo, duo ou trio. Sont également convoqués quelques standards orientaux, ayant bercé la jeunesse de l’un ou des autres. Et les trois s’attachent à revivifier un immarcescible « Comme d’habitude », que Claude François n’avait peut-être pas imaginé si bigarré.
Steve Hillage, déjà producteur de deux des trois chanteurs, assume une impeccable direction artistique, même si la gestion de la soixantaine de musiciens (tous pupitres majeurs dans leur partie) n’échappe pas toujours à un certain enthousiasme un peu brouillon.
Dans un esprit de marketing bien compris, l’objet, qui enthousiasmera plusieurs générations et plusieurs cultures, existe en formats multiples (édition simple, album double et DVD). Un seul regret : cette union de façade, tout à fait souriante, dynamique et enfiévrée, constitue également une campagne de promotion d’un label, excluant de ce fait Cheb Mami (qui enregistre à l’époque pour le compte de Virgin), lui aussi brillant représentant de la scène raï et qui aurait pu très légitimement trouver sa place dans la soirée.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story