Il y a 33 ans sortait la première édition du Some Girls de Rolling Stones lessivés par le temps qui passe, les pertes irréparables, et la vague de groupes punks britanniques qui, The Clash en tête, promettait tout, sauf les Stones. Accessoirement, l’album consacrait Ron Wood au pupitre de la deuxième guitare, ce qui permet de mieux cerner l’étendue du désastre.
Le fascinant de l’entreprise reste évidemment que, plus prospère on se retrouve après coup d’œil aux bourses mondiales, plus on veut amasser : la cupidité de l’auto-proclamé plus grand groupe de rock du monde – qui, ici, tentait piteusement une aléatoire reconstruction de son hymen par la face disco - n’a d’égale que l’embarras dans lequel on va plonger Papy, lorsqu’il découvrira pareil présent au pied du sapin. En effet, et sous prétexte d’une célébration dont on se serait bien passé, les Glimmer Twins (Jagger et Richards) nous laissent accroire à une relecture prolifique du passé, ce qui reste bien évidemment de la dernière des supercheries, dans la mesure où – enfonçons la porte ouverte des studios parisiens où a été partiellement enregistré l’opus – tout le monde (le public et le groupe en premier lieu) a pas mal changé depuis les dates de sessions.
Ainsi des chansons initialement incluses dans le programme, qui sonnent aujourd’hui boostées jusqu’à la déraison par la remastérisation, jadis salies par des envies de sexe et d’arrière-cours humides, et désormais stupidement efficaces. Mais, naturellement, la planète entière, en mal de sensation, va gloser sur les dix titres inédits proposés par cette nouvelle édition : les gens sont étonnants. Car, de « Claudine », portrait sarcastique la Dame Longet, starlette easy-listening hexagonale, à un « So Young » qui peut éveiller un intérêt modéré par temps de disette, d’un « No Spare Parts » qui ne casse pas trois riffs à un New York Dolls même si aimable résurgence des illuminations de l’album Beggars Banquet à une reprise passablement timorée (un comble) du «You Win Again » d’Hank Williams, le tout ne déchaînera l’hystérie qu’au sein des audiences conquises d’avance.
En 1978 et grâce à Some Girls, les Stones retrouvaient en mode gouape la fièvre des backrooms rocks, casquette en cuir et poudre immaculée à tous les étages. Cette réédition augmentée leur permet de vivre les tressautements d’un cash-flow flacide et de dividendes exubérants : triste époque. N’espérant pas s’en tirer à si bon compte, le client aura également droit à une édition deluxe, incluant le 45 tours de « Beast Of Burden » (Papy, tu me prêtes ton tourne-disques ?), ainsi qu’un livret illustré de quelques clichés de l’immense Helmut Newton. Non mais.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story