Dernier album de la discographie des Kinks à figurer parmi les cent meilleures ventes en Grande Bretagne (difficile à admettre… voir la biographie), premier album produit par Ray Davies, non plus par l’Américain Shel Talmy (Ray a avoué plus tard qu’il n’aurait pas dû être autorisé à le produire lui-même),
Something Else By The Kinks était fort bien intitulé. « Pour la première fois, je commençais à écrire sur moi-même à travers mon propre subconscient ». En effet, il devient sentimental et la nostalgie entamée avec
« Where Have All The Good Times Gone » deux ans auparavant, domine ce disque intemporel garni de belles ballades, d’incursion dans le rock psyché (
« Lazy Old Sun »), de personnages pittoresques (
« Situation Vacant ») et empreint d’une fantaisie toujours lumineuse. Et de règlements de comptes comme le martial
« David Watts » sur « le copain d’école ultra doué qu’on détestait », chanson dont le public ne se rendra vraiment compte de son intérêt qu’en 1978 dans la version du groupe Jam. Dave Davies s’avère un vrai compositeur avec un coup de main du grand frère sur
« Death Of A Clown », sorti en 45t sous son nom deux mois plus tôt et n°3. Les morceaux sont variés, l’instrumentation fournie (cuivres, piano omniprésent) on ne s’ennuie pas une minute. L’originalité des compositions de Ray Davies réside en sa faculté, une rareté, d’imaginer des mélodies pour les couplets aussi attirantes que pour le refrain.
Témoin ce
« Waterloo Sunset » magique, sorti en mai précédent et n°2 en Angleterre, le genre de ritournelle qu’on aime à écouter plusieurs fois de suite sans s’en lasser. Il y popularise le couple Terry & Julie, que des investigateurs ont longtemps voulu faire passer pour les comédiens Terence Stamp (dont le frère Chris fût le manager des Who), et Julie Christie, à l’époque rois du « swinging London » après leur succès (et leur romance hors caméra) dans le film Loin de la foule déchaînée ; en fait Terry était son neveu et Julie sa Julie… la vérité est souvent plus prosaïque que la légende…
Immortels refrain et couplets qui se confondent : « Everyday I look at the world from my window – but chilly, chilly is the evening time – Waterloo Sunset’s fine » / « As long as I gaze on Waterloo sunset – I am in Paradise ». Les sha la la du frangin, la ligne de guitare dans les graves qui devance et accompagne le chant.
Le
« Waterloo Sunset » de Ray Davies, c’est le
« Good Vibrations » de Brian Wilson, le
« Hey Jude » de Paul McCartney,, le
« Satisfaction » de Jagger-Richards, le
« Like A Rolling Stone » de Dylan ou le
« My Generation » de Pete Townshend. « Si je meurs demain, je voudrais que la BBC joue
« Waterloo Sunset ». Mais les connaissant, ils joueront probablement
« Sunny Afternoon »… (Ray Davies à Stan Cuesta, interview parue dans Rock & Folk, 1992).
Affublé d’une pochette tristounette et occulté dans l’histoire du Rock de cette période par le Sgt. Pepper’s des Beatles et les premiers albums de Jimi Hendrix et de Pink Floyd, et venant à contre courant de la mode « flower power », ce premier véritable album des Kinks est une vraie réussite.
Jean-Noël Ogouz - Copyright 2012 Music Story