Critique
Jacques Schwarz-Bart n'est pas un saxophoniste ordinaire. Musicien cultivé ayant délaissé une carrière de haut fonctionnaire pour s'adonner à sa passion du jazz, le Guadeloupéen est un érudit du rythme et l'inventeur du jazz-ka, mariage du genre avec les sept rythmes fondamentaux du gwoka.
A travers ce deuxième album, le saxophoniste fait revivre l'histoire de ces rythmes insulaires et les mêlent à un bain chaud de fusion jazz avec des compagnons émérites tels que le guitariste Lionel Loueke, les chanteurs Jacob Desvarieux et Admiral T, et sa muse soul Stephanie McKay. Oeuvre riche et éclatée,
Soné Ka La (
Que résonne les tambours en créole) donne le frisson au passage de « Papalé », échange multiculturel prolixe, du langoureux « Love » ou d'un « Drum and Bass ».
L'album enchante et surprend à la fois par ses associations inédites où se rencontrent les rythmes traditionnels, la poésie créole, le lyrisme du saxophone et la sensualité soul.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
« Le contemporain brassage des cultures et des peuples répand de par le monde ce phénomène des créolisations et des créolités. » Nul doute que Jacques Schwarz-Bart peut faire sienne cette vision du monde proposée par l'écrivain Patrick Chamoiseau. Lui, saxophoniste de jazz loué par la scène nu-soul new-yorkaise. Elevé par une mère guadeloupéenne native de la Charente et d'un père français aux origines juives et polonaises, grandi entre la Suisse et la Guadeloupe. Le fils de ces deux auteurs reconnus de leurs pairs affiche donc un parcours sinueux qui en dit long sur son identité. Jacques Schwarz-Bart a donc été à bonne école, celle de parents concernés par la musique antillaise, et plus généralement par toute l'histoire antillaise. 'Espoir et déchirements de l'âme créole' pour reprendre le titre d'une nouvelle signée Schwarz-Bart. C'est cela qu'exorcise le tambour ka, dont les racines sont communes à celle du jazz. Le gwo ka, créolisation de Gros quart, modèle de barrique qui transportait les salaisons depuis la métropole et à partir duquel les percussions étaient construites, devenu un style musical à part entière. Le rythme comme trait d'union entre ces deux musiques surgies de l'exil, mais aussi le chant comme incantation, exaltation. Le ka et le jazz ont bien des points en commun. Le ka et le jazz, deux musiques cousines qui ont permis à ces interprètes de s'afficher, de dire leur originalité. Il était évident qu'elles étaient destinées à se rencontrer, à se marier. Il remet donc en avant l'esprit frappeur des grands anciens, met ce qu'il faut de soul dans ce projet discographique enregistré entre New York et Pointe-à-Pitre. Nom de code : Soné ka la. Nom de groupe : Yon, « le chiffre un en créole ». Une équipe au diapason des intentions du leader, mélange d'Antillais et d'Américains, avec, au milieu de tout cela un pianiste croate, mais aussi le guitariste béninois Lionel Loueke, une paire de tambouyé du cru, le boula d'Olivier Juste et le marké de Sony Troupé. Le premier, au son grave, imprime les rythmes, marquant le mètre régulier, tandis que le second, au son plus aigu, permet au tambourinaire d'improviser, d'endosser le rôle de soliste. Voilà pour la formule (rythmique) de base, un noyau à partir duquel les mélodistes peuvent prendre place. Inutile de dire que le saxophoniste et flûtiste s'en donne à coeur joie et à plein poumon, s'élançant dans plusieurs chorus, souvent enflammés, parfois plus sensuels. Il n'est pas le seul à prendre la parole dans ce projet. Quoi de plus normal pour qui connaît la musique ka. C'est sans doute pourquoi il invite quelques grandes voix de Guadeloupe : Jacob Desvarieux, original Kassav ; Jean-Pierre Coquerel, une des personnalités issues du milieu des tambourinaires ; Admiral T, le nouvel homme fort des sound-systems. Soit trois générations convoquées sur une seule et même galette ! Trois chants puissants qui ajoutent une couche à ce gumbo déjà bien relevé.