...ambitionnait un Andreas Staier d'une trentaine d'années pour son premier disque soliste, capté en novembre 1987.
Un lumineux clavecin (fait par Bruce Kennedy, modèle frais émoulu d'après Christian Zell 1728) lui permet d'explorer en toute clarté l'appareillage sophistiqué des deux Sonates (Wq 49-1, première du cycle Wurtembergeois ; Wq 65-17) et de confronter sa crépitante vélocité aux "Variations sur la Folie d'Espagne".
Sur un opalescent pianoforte (d'après un modèle viennois d'Anton Walter, 1791), le virtuose de Göttingen se montre ensuite poète attentif, à l'écoute de cette Empfindsamkeit qui interroge le paysage affectif de la lancinante "Fantaisie en fa bémol mineur", ses errances préschubertiennes...
Comment ces dextres doigts soupèsent-ils les inflexions, les impulsions du "Rondo en ut mineur" !
Intelligence et sensibilité conjoignent ici leur conscience stylistique pour nous offrir un des plus remarquable florilège qu'on ait entendu depuis les microsillons que Gustav Leonhardt consacra à CPE Bach en mai 1972 (Seon).