Richter avait posé ses conditions pour le présent film d'un concert au Barbican Hall de Londres : le moins de lumière possible, et pas de caméra dans son champ de vision. Il est donc filmé dans le noir, soit de profil et d'assez loin, soit en une vue plongeante qui permet opportunément de suivre le ballet de ses mains sur le clavier, grâce à une simple liseuse installée à côté de lui. Nous sommes en 1989. La bonne nouvelle est que le son est satisfaisant, et que le musicien que nous entendons est bien Richter, et non un vieillard assagi. Au programme, trois sonates de Mozart et une sélection d'études de Chopin (huit de l'op. 10, quatre de l'op. 25). Le pianiste ne se déridera guère de la soirée. Il s'installe dans chaque œuvre, il la joue puisque c'est ce qu''il est venu faire, il salue sans sourire et s'en va. Il sacrifie au rite du concert, mais celui-ci paraît lui être devenu totalement étranger. Peut-être voudra-t-on se dire que ce pianiste encyclopédique ne va pas EN PLUS réussir son Mozart. Mais c'est peine perdue : nous suivons ce qu'il fait dans la K. 545, qui pourrait paraître bien scolaire sous d'autres doigts, sans jamais décrocher. C'est limpide, c'est varié, et c'est sans appel. Nous avons beau avoir déjà entendu la dramatique K. 310, et pas par les plus mauvais, Richter a ses solutions et ses idées, et nous les acceptons à mesure qu'il nous les présente. En seconde partie, il est chez lui dans les Etudes de Chopin, où il donne toute sa puissance, qui n'est pas simplement l'usage de la force.