De toutes les versions des sonates pour piano de Beethoven (idem pour les Nocturnes de Fauré) que j'ai tant travaillés, je reviens sans cesse à celles d'Heidsieck ; malgré une prise de son qui mériterait une remastérisation, elle est au moins égale et plus claire que celle d'Y. Nat, parfois pâteux (il le reconnaissait lui-même), supérieure à celle Guillels souvent trop lente (je ne parle pas des rêveries de Michelangeli sur les 1èes sonates exquises de raffinement mais à se demander si le compositeur avait voulu y mettre tant de choses !) . Elle maintient surtout l'impression d'un monument, de la 1ère à la dernière sonate. Tout dépasse le "merveilleux, l'enchanteur, le bouleversant" dont se délectent les critiques. C'est la musique (pas plus française que russe ou allemande), sans chichis ni effets, sans fantaisies prises avec le texte, avec une intelligence néanmoins de la moindre nuance à souligner, une vigueur jamais brutale, une tendresse jamais mièvre, une vivacité jamais virtuose. Que n'a-t-il davantage enregistré et pourquoi n'en fait-on qu'un "fils du champagne" (comme Collard qui ne le vaut pas)!
François Fossier