Comme le dit autrefois le musicien et compositeur allemand, Hans von Bülow, si Le clavier bien Tempéré de Bach est l'Ancien Testament de la musique pour clavier, l'ensemble des trente-deux sonates pour piano de Beethoven doit être considéré comme en étant le Nouveau. Cette somme musicale est avant tout un legs qui rend compte de l'envergure et de la profondeur de l'esprit de celui qui, toute sa vie durant, ne cessa de revendiquer l'héritage de ses prédécesseurs, principalement Haydn et Mozart, ce dernier disant de lui : « Gardez-le à l'aeil, il fera du bruit en ce monde. » Pain quotidien de nombreux musiciens, elle ne pouvait échapper à notre fringant Jonathan Biss. De cette musique sans cesse en mouvement, il possède le même sens de l'exigence. Flirtant tantôt avec un goût certain pour la galanterie, tantôt avec l'héroïsme le plus combattif, il impressionne d'emblée par son aisance d'élocution. Sans chercher ses mots, il entretien une relation étroite avec la partition. Il l'écoute, l'interroge, lui parlant sans outrecuidance mais néanmoins avec une conviction qui ne demande qu'à devenir certitude. Son interprétation est pleine d'élan et de vie et elle risque bien de marquer à l'encre indélébile ces pages d'une beauté mirifique. Alors que Beethoven était incontestablement un pionnier et un créateur de génie, la prestation de Jonathan Biss démontre qu'à seulement 26 ans, il est l'un de ses donataires les plus méritants. Capté à un niveau un peu plus faible qu'à l'accoutumée, cet enregistrement exigera du bouton de volume quelques degrés supplémentaires pour révéler ses extraordinaires qualités sonores. C'est alors seulement que le piano nous fera partager sa dynamique, sa puissance et son élégance, dans toutes ses proportions. Comme vous l'aurez compris, et malgré les inévitables doublons qu'il occasionnera dans bon nombre de discothèques, ce disque doit être envisagé comme une acquisition prioritaire.