Dans l'histoire de la musique pour piano, Muzio Clementi occupe une place particulière, véritable cheville ouvrière dans l'émergence du piano moderne et de la technique pianistique. Et s'il est vrai que Mozart lui témoignait un certain dédain (en étant à la fois virtuose et italien, il n'était certes pas fait pour plaire à Mozart ;), il avait en tout cas l'estime de Beethoven.
Avec le temps, l'image de Clementi est restée principalement rivée à ses recueils d'études pianistiques et ses sonatines progressives. Pourtant, le compositeur italien ne se résume certainement pas à de la composition à vertu pédagogique. Il a en effet écrit pas moins de 110 sonates pour piano (mais aussi des pièces diverses, des pièces à quatre mains, des pièces pour violon ou flute, plusieurs symphonies), dont les difficultés et les approches sont certes variables mais qui n'ont techniquement rien à envier à celles de Mozart (voire même présentant des difficultés supplémentaires par certains aspects).
C'est à Horowitz que l'on doit d'avoir ramené Clementi sur le devant de scène musicale, le pianiste russe s'instituant promoteur de cette musique oubliée (son album Clementi est évidemment un incontournable), comme il le fit avec les sonates de Scarlatti (autre compositeur italien grand pourvoyeur de sonates s'il en est).
Andreas Staier a quant à lui déjà ressuscité quelques pages pour piano peu courues, notamment dans le répertoire de John Field (lequel fut par ailleurs l'élève de Clementi). En 2000 il propose sur un superbe pianoforte Broadwood de 1802 un album intégralement consacré au compositeur romain : 3 Sonates remarquables, agrémentées de Préludes, Capriccio et Fantaisie.
Si une part de la composition de Clementi est certes davantage tournée vers l'art virtuose que vers la profondeur, son oeuvre montre une vraie évolution et une vraie recherche, dans un mariage permanent entre élégance et rigueur stylistique. Il revient en outre toujours à son interprête d'en faire ressortir le relief sous-jacent (de même que pour Scarlatti), et l'on se surprend alors à découvrir que l'inspiration se cache bel et bien derrière les notes trop vite taxées de mécaniques.
Staier donne de ces oeuvres une lecture d'une clarté remarquable, en soulignant la construction et l'imagination dans une vraie leçon d'expressivité et d'inventivité. Tour à tout brillant, subtil, puissant et poétique, le pianiste allemand nous promène ainsi dans un univers mêlé de Haydn, de Mozart et du jeune Beethoven, dans les sonorités puissantes et directes de son magnifique clavier anglais.
Un bel album de pianoforte, idéal pour (re)découvrir un compositeur injustement mésestimé dans l'histoire de la musique.
Pour qui voudrait approfondir le répertoire de Clementi, signalons au pianoforte une très belle intégrale en cours chez Brilliant Classics avec le pianiste italien Constantino Mastroprimiano, qui se fait fort de redécouvrir le répertoire pour piano (surtout italien) du 19ème siècle. Au piano, signalons les albums de Pietro Spada (chez Dom), mais aussi les belles réussites de Howard Shelley (chez Hyperion), ou encore le bel album de Nikolai Demidenko (aussi chez Hyperion). Enfin, à quand une réédition des enregistrements réalisés dans les années 90 par Maria Tipo ?...