En comparant des sonates de diverses époques dans 5 intégrales, Pires-Denon-Brilliant, Pires-DGG, Gulda, Barenboïm et Zacharias, je peux préférer tel ou tel pianiste pour tel mouvement et l'apprécier moins que les autres pour tel autre. Toutes ces intégrales de haut niveau m'apportent quelque chose, mais au total la première version Pires et celle de Barenboïm sont celles que je voudrais écouter en priorité, si les autres cessaient d'être disponibles. Il va de soi que d'autres auront des goûts différents et que d'autre part je n'ai pas inclus d'intégrales sur pianoforte. Ce sera pour la prochaine fois. Les 4 étoiles pour Zacharias, qui pourraient être 4,5 si j'en avais la possibilité, me permettent simplement, pédagogiquement, de distinguer les priorités, toujours à mon avis.
L'esthétique pianistique de Zacharias est assez proche de celle de Barenboïm ou de Pires-DGG, mais la gestion des tempi est différente de celle de Barenboïm. Les contrastes de tempi entre mouvements rapides et mouvements lents sont moins accusés, les mouvements lents ne traînant pas avec Zacharias, qui n'a pas les tendances romantiques de son collègue d'EMI. Par ailleurs, Zacharias, excellent technicien bien entendu, n'a certainement pas l'époustouflante virtuosité du même. Après m'être habitué à Pires (les deux versions) et à Barenboïm, dont je connaissais les réalisations avant celle-ci, je suis désagréablement surpris par une austérité, un manque de grâce, et j'ai envie de penser à un ténor dont la voix était assez ingrate, mais l'intelligence supérieure, Peter Schreier. Cependant, une fois qu'on a pris le temps d'entrer dans cette conception, on constate qu'elle fonctionne et que, sans interrogations, complications ajoutées à la musique ou affectation, le sens de chaque mouvement est donné. Christian Zacharias est peut-être austère, mais il est modeste devant la musique et a réfléchi au caractère de chacune de ces sonates. Je précise qu'il fait non seulement la reprise dans les formes sonate, mais aussi la grande reprise (développement et réexposition). De ce fait, les différences de minutage pour certaines sonates avec la première version Pires, rapide et qui ne fait pas toujours la reprise de l'exposition, peuvent être impressionnantes.
Il y a de grandes réussites, par exemple la sonate K. 576, que j'ai finalement préférée aux autres interprétations avec lesquelles je l'avais comparée. Mais cette intégrale a un défaut, c'est qu'elle ne distingue pas assez entre les différentes périodes créatices de Mozart, ce que sait supérieurement faire Barenboïm et dans une moindre mesure Pires; c'est pour cela qu'après avoir beaucoup hésité, j'ai finalement décidé d'enlever une étoile. Les sonates du début subissent le style des suivantes, pour être précis. Ceci dit, il peut y avoir de bonnes surprises même pour ces sonates, ainsi la façon directe et rapide avec laquelle sont traitées les variations finales de la sonate en ré majeur K.284. Pour conclure, l'acheteur de ces disques peut être assuré d'acquérir une version de confiance des sonates de Mozart, même s'il y en a d'autres.