J'ai un faible pour le troisième jet du canadien : Songs Of Love And Hate, publié en 1971, opus par lequel Leonard Cohen, le « poète de la mélancolie » s'installe alors comme le rival de Dylan. Son travail d'écriture est finement ciselé, sa voix chaude et apaisante. Leo atteint enfin sa plénitude, même si ses deux précédents LP avaient déjà de solides arguments à faire valoir (Suzanne, Sisters Of Mercy, The Partisan, Heroes, The Old Revolution...). Huit plages pour une durée de près de ¾ d'heure habillent cet album magnifique dont on peut avancer sans se tromper qu'il est son meilleur. Froid et sombre, dépouillé, ce pur jus folk-rock exsude la tristesse à chaque tour de sillon, traîne sa peine sous le fardeau du saphir. Du grand Cohen, pour une fois jamais soulant, d'Avalanche à Joan Of Arc, deux des trois classiques avec Famous Blue Raincoat à figurer sur ce vinyle qui consacre sa face initiale à la haine, l'autre à l'amour, comme si les deux étaient opposés. L'aspect lyrique est très soigné, le jeu de guitare est unique et propre à Cohen, les musiciens (Charlie Daniels, Bob Johnston, Ron Cornelius, Elkin Fowler) sont d'une sobriété et d'une discrétion intelligemment contenues qui rajoutent à l'émotion et contribuent à cette ambiance très particulière, à peine relevée par quelques beaux arrangements symphoniques et une délicate touche de chaeurs, tantôt féminins, tantôt juvéniles. Mais que dire de Joan OF Arc, un des plus beaux textes de Leo, que dis-je, un des poèmes les plus magnifiques de l'aeuvre du canadien. Ce titre est à l'image du disque : un sommet ! Immanquable. C'est donc ici et nulle part ailleurs que s'organise le premier contact avec Cohen si ce n'est déjà fait (PLO54).