Je fais miens les deux commentaires précédents de juillet 2005 et de février 2006. Merci aux éditions Les Belles Lettres d'avoir réédité ce précieux recueil de 1845-1848 portant sur de nombreux sophismes économiques.
Parmi les choses fascinantes de cet ouvrage, il y a le caractère très actuel de ce que dénonce Frédéric Bastiat à longueur de pages (certes parfois répétitives mais avec quel style !). Rien n'a quasi changé cent soixante ans plus tard ! Les mêmes erreurs, intentionnelles ou non, sont toujours là. Par exemple, la majorité d'entre nous continue d'avoir tendance à sous-estimer les bénéfices économiques du mécanisme de marché, de la "main invisible" d'Adam Smith (le "biais anti-marché" de Bryan Caplan). Autre exemple : la majorité d'entre nous continue d'avoir tendance à assimiler la prospérité économique non pas à l'ampleur et à la qualité de la production mais au volume d'emploi lié, à sous-estimer les bénéfices économiques tirés du fait d'économiser le travail, grâce notamment au progrès technique (le "make-work bias" de Bryan Caplan). Dernier exemple : la majorité d'entre nous continue à sous-estimer les bénéfices économiques de l'interaction avec les "étrangers" (le "biais anti-étrangers" de Bryan Caplan). Ces trois biais sont magistralement traités à de nombreux endroits du texte de Bastiat, un économiste français, défenseur de la liberté (celle du travail, celle des échanges au sens large...), qui est sans doute bien plus lu et connu à l'étranger qu'en France.
Pour finir, sauf erreur, Bastiat ne cite pas l'économiste britannique David Ricardo dans son ouvrage (l'avait-il lu ?). Pourtant, à deux-trois endroits du texte, il expose en grande partie le "modèle" ricardien d'échanges internationaux basé sur le concept des avantages comparés ou comparatifs. Mais Bastiat ne pousse pas le raisonnement jusqu'au bout, notamment dans le chapitre XIV de la seconde série ("Autre chose"). S'il était allé juste un peu plus loin dans le raisonnement, il aurait utilisé ce concept attribué à Ricardo. C'est presque dommage mais quel régal !