Soyons clairs : il n'est pas dans mes habitudes de recommander (encore moins d'acheter) des Best Of. Hélas, les albums du groupe (pourtant réédités par Sundazed, mais apparement pas à gros tirage)sont difficiles à obtenir. Alors faisons avec ce qu'on a.
Les Box Tops, c'était un groupe de producteurs. Un groupe monté de toutes pièces pour profiter du succès de la british invasion. Une sorte d'alternative américaine aux Beatles. Fonctionnement pas vraiment singulier : à la Motown, on a déjà adapté la production de masse à la musique, avec des compositeurs surdoués qui écrivent pour tout le monde, un groupe fabuleux pour les sessions studios, etc. Ici, c'est pareil : le groupe ne jouera que sur scène, et jamais sur le disque. Il ne compose pas non plus. Tout cela est reservé aux professionnels.
Mais il y a ce chanteur, recruté par casting. A 16 ans, il a une voix époustouflante. Lui, bien sûr, il chante sur le disque. Alex Chilton enregistre The Letter, composé par Wayne Carson Thompson, qui l'oblige à adopter un ton rocailleux bien rythm'n blues. Et le titre devient aussitôt un succès planétaire. On l'entend partout, et encore aujourd'hui il figure sur n'importe quelle compile estampillée 60's. La chanson, il faut dire, est parfaite, et Chilton, à 16 ans, chante comme un bluesman aguerri.
Ce succès phénoménal, les producteurs Dan Penn et Spooner Oldham vont essayer de le faire durer le temps de quatre albums, inégaux, mais dans l'ensemble de très haute volée. L'usine à tube place une dizaine de titres dans les charts, mais les autres morceaux sont parfois aussi bons, voire meilleurs. Le mélange rythm'n blues / pop fonctionne à merveille, emmenant l'auditeur dans des territoires mélodiques qui ne versent jamais dans le niais ou le convenu. La voix de Chilton, dans cette tonalité blues qu'il abandonnera presque complétement par la suite, est carrément sublime : il faut l'entendre sur un morceau comme "Cry Like A Baby", un de ses meilleurs.
Sur leur dernier album Dimension, Chilton est enfin autorisé à apporter quelques compositions à lui. Outre le superbe "Together", on a droit au génial "I Must Be The Devil", véritable blues diabolique dont on se demande pourquoi son auteur ne l'a jamais repris sur scène (sans doute son registre était alors trop éloigné). Si on y ajoute les merveilles composées par Thompson (Soul Deep, du concentré de bonheur) et une reprise de Dylan (I Shall Be Released, parfaite), cet album peut être considéré comme le meilleur du groupe (quoique Cry Like A Baby ne soit pas mal non plus). Justement, ce best of a l'intelligence de lui accorder une large place et tous les morceaux cités y apparaissent.
En 1970, le succès n'est plus au rendez-vous et Chilton quitte le navire, millionnaire à 19 ans, pour aller tout dilapider en Europe ; il reviendra monter un groupe bien à lui, Big Star. C'est bien sûr ce dernier que la postérité retient en premier lieu dans le parcours de Chilton. Pourtant, il ne faudrait pas négliger l'importance des Box Tops, leur musique singulière, la qualité des chansons, la voix de son chanteur. On peut même se risquer à parier que plus d'un préfèrera l'élégance rythm'n blues de ces derniers à la pop parfois complaisante de Big Star.
En somme, un best of indispensable, en attendant de mettre la main sur les albums.