Parce que qui d'autre oserait s'attaquer à rien moins qu'un concept-album d'une heure et demie, un opéra-rock sur Lynyrd Skynyrd ? Car c'est de cela qu'il s'agit ici.
Le genre de projet, l'opéra-rock conceptuel, qui a vu les Icare les plus doués se brûler les ailes (apparaissent ici les ombres des grands nez de Townsend et Waters), et les prog-rockeux se ridiculiser à jamais dans de trisomiques symphonies. Car rien ne prédisposait les Drive-By Truckers (issus comme tant d'autres d'Athens, Géorgie), sympathiques rednecks oeuvrant dans l'anonymat et le country-rock de seconde division, à mener à terme et surtout réussir une entreprise aussi délirante. Et avec pour l'enregistrement à peu près le budget Carambars d'un diabétique.
Evidemment, ça ne ressemble pas vraiment à du Lynyrd Skynyrd, car le tout est joué en formation basique à quatre (guitares, basse, batterie et point barre) mais ça raconte l'histoire du groupe sudiste, qui ici prend forcément des allures d'épopée. Tout y passe, des débuts du groupe, de leurs triomphes, de l' « affaire » avec Neil Young, jusqu'au crash en avion, qui donne lieu à un final de Cd d'une touchante beauté funèbre. Et comme les Drive-By Truckers ne sont pas des virtuoses, ils jouent simple, empilant les couches de guitare mais sans jamais chercher à recréer le foisonnement caractéristique de Rossington et Collins. Ni non plus de ce rock sudiste chaloupé à la Lynyrd, Molly Hatchet, Allman Brohers ...
Eux, leur truc, c'est du rentre-dedans, ces riffs lents, plombés, étirés, dont les psychédéliques « lourds » des 60's (Iron Butterfly, Vanilla Fudge, Blue Cheer, ..) avaient jeté les bases et dont Neil Young (comme par hasard ...) avait posé l'architecture définitive à la fin des 80's avec sa trilogie « Freedom » - « Ragged Glory » - « Weld ». Et avec pour chaque titre, une longue intro sinueuse comme les maîtres du hard des 70's savaient si bien les faire.
Et cette espèce de hard-boogie bluesy et ralenti fonctionne admirablement dans sa touchante naïveté. Ici, pas de solos tarabiscotés pour tenter de réveiller le fantôme de Stevie Ray Vaughan, les gratteux savent qu'ils n'en sont pas capables et ne s'y essayent même pas; le chanteur, à l'aise sur le mid-tempo tape en touche et passe carrément à des espèces de talking-blues quand la mélodie se complique. Ce qui sauve cette affaire, ce sont les compositions, qui retrouvent l'innocence magique du rock originel, de ces chansons comme en écrivaient Chuck Berry ou John Fogerty, toutes en simplicité évidente.
Ce « Southern Rock Opera » a surpris tout le monde (enfin tous ceux qui l'ont écouté) par sa qualité quand il est sorti en 2001 aux Etas-Unis, recueilli quelques critiques élogieuses, mais guère vendu. Il a mis un an pour être importé par chez nous avec le succès considérable que l'on devine.
Vous avez les cartes (de crédit) en mains. A vous de voir ...