A partir d'un récit simple et douloureux d'une quête de l'art à son plus haut degré de perfection et de l'amour dans son accomplissement le plus pur, Im Kwon-Taek, cinéaste coréen, propose un véritable poème, un chant d'une tristesse magnifique. Ce long métrage, qui date déjà de 2007, relate l'existence d'une chanteuse et d'un musicien de pansori, le chant traditionnel coréen dont les percussions s'élèvent jusqu'à l'épuisement et que l'auteur avait déjà abordé dans deux opus précédents : "La chanteuse de pansori" (1993) et "Le chant de la fidèle Chunhyang" (2000).
Un maître du chant traditionnel pansori qui souffre de ne pas avoir connu la notoriété, enseigne le chant à sa fille Song-hwa (superbe Jung-hae Oh) et le puk (tambour double traditionnel) à son beau-fils Dong-ho, interprété par l’excellent Jo Jae-hyun, musicien émérite. Excédé par la sévérité de son maître et sa condition misérable, ce dernier les abandonne, malgré les sentiments qu’il éprouve secrètement pour sa demi-sœur. Il intègre bientôt une troupe de musiciens itinérants et fonde une famille. Pourtant, des années après, le visage de Song-Hwa ne cessent de le hanter, et, décidé à la retrouver, il revient sur les lieux qu’il a quittés mais qui, depuis, ont bien changé.
Le récit se focalise donc sur cet amour platonique. Dong-ho part en quête d’un temps révolu. Rongé par le remords et l’absence, il tente de retrouver l’être aimé. Leurs destins se croiseront sans pourtant jamais se retrouver, scellant une impossible union. Song-hwa porte l’alliance confectionnée par Dong-ho, symbole de leur amour, mais ne verbalise à aucun moment son affection. Les non-dits jalonnent le cours de ces existences fragiles. Im Kwon-taek peint ainsi habilement la complexité des sentiments amoureux au travers de nombreuses réminiscences.
Chaque image de "Souvenir" ("Beyong the years"), centième film du réalisateur coréen, se doit selon lui d’exprimer une émotion propre en relation avec l’état d’âme des personnages. On perçoit les lieux à travers le regard du protagoniste. Les paysages semblent teintés par ses sentiments. Le cinéaste demande au spectateur d’adopter une attitude contemplative. Le temps s’étire. Les décors sont d’une extrême délicatesse, chaque détail semble avoir été très soigneusement étudié pour construire une « musique visuelle ». L’image très savamment composée possède son rythme propre ; lignes et couleurs se répondent. La musique exprime ce que ne peut pas révéler l’image et vice-versa.
Ce film lent (certains le lui reprocheront sans doute, et pourtant...) est une méditation profonde sur la quête d'un absolu qui reste à jamais une aspiration et une inspiration. C'est aussi une réflexion sensible sur l’art et la complexité des relations humaines.
Pour celles et ceux qui auront aimé, il est vivement conseillé de découvrir l'excellent "Ivres de femmes et de peinture" du même cinéaste.