Hier atmosphérique, aujourd'hui devenu trip rock, The Gathering est un groupe surprenant. À deux titres même. Car, si l'exigence reste une donnée majeure lorsqu'il s'agit d'aller expérimenter d'autres ambiances et ce, malgré une carrière déjà bien installée, c'est définitivement au niveau de cette volonté constante de remettre en question leur univers que les hollandais fascinent, voire dérangent. Par conséquent, si aucune limite ne semble pouvoir modérer une recherche esthétique de tous les instants, reste qu'après avoir joué avec bonheur sur un spectre musical ayant fait le grand écart entre doom et coloration pop, le groupe déjoue une nouvelle fois toutes les attentes en se réinventant. Nouvel album, donc. Nouvelle métamorphose. A l'évidence, derrière son titre évocateur, Souvenirs tourne la page en s'ouvrant à d'autres sonorités.
Sans doute libéré de toute contrainte depuis la création de leur propre label (Psychonaut Records) The Gathering s'est laissé le temps de l'écriture, comme celui de choisir l'univers auquel s'identifier. Ainsi, après ce temps de réflexion, de maturation, il semble que le choix se soit naturellement porté sur la volonté de faire sobre. De tempérer l'instant. Ainsi épurés, lavés de tout soupçon, texte et musique s'apparentent désormais à un jeu de nuances donnant chair au silence. Par conséquent, plus que de chant ou de musique, on parlera ici de présence. Une présence souvent limitée à quelques notes de piano sur lesquels la voix d'Anneke Van Giersbergen se glisse, se love, jusqu'à nous construire de nouveaux rêves mélodiques.
En fait, au-delà de cette voix à bouleverser l'âme, le plus marquant dans ce disque secondé par l'électronique, ce sont les choix opérés en matière de gestions des ambiances. Si d'un côté, certains climats torturés, certaines séquences telles Golden Grounds ou Jelena font magie de détresse. Il en est d'autres dont l'ombre énigmatique renvoie au pur romantisme. D'un titre à l'autre, l'osmose entre les instruments est inouïe. Délaissant le premier plan, les guitares sont devenues le lit d'une émotion tantôt sourde, tantôt fragile. Et si ce changement est radical, il a le grand avantage de mettre en valeur basse comme batterie au travers de palpitations, percussions, aussi diverses qu'inattendues. Egalement, dans cette performance où l'émotion est mise à nu, une chanson : A Life All Mine. Le type même d'instant de grâce qui d'une écoute à l'autre se renouvelle naturellement.
Dans le grand tourbillon de la création musicale, il arrive parfois que certains disques se transforment en résumé d'émotions. Un concentré d'atmosphères dans lequel se mélange l'air et de feu. Souvenirs, avec son visuel estompé, sorte de représentation furtive de l'effet du temps sur notre mémoire, est de ces sortes de rencontres. Le genre de page musicale qui en une étreinte vous converti définitivement à sa sensualité contenue. Contenue, oui, car écouter The Gathering, c'est un peu comme si l'on faisait quelques pas sur l'eau, avant de se plonger dans l'élément.