Sorti en 1989, soit quatre ans après
Songs From The Big Chair,
The Seeds Of Love est le troisième album de Tears For Fears. C’est l’occasion pour le groupe de confirmer un véritable talent de composition et de mettre en avant leur goût pour la musique noire américaine, notamment le jazz et ses dérivés comme la soul music. Les deux titres qui ouvrent l’album peuvent en témoigner.
Une nouvelle voix s’y fait entendre, celle de la chanteuse soul Oleta Adams que Tears For Fears avait rencontré durant la tournée de leur disque précédent.
« Woman in chains » est un duo Adams/Orzabal dont le sujet traite de la cause des femmes et du sort pitoyable que les hommes leur réservent. Un thème qui synthétise les deux préoccupations majeures des textes les plus sérieux du groupe, à savoir la politique et les tragédies personnelles, toutes deux génératrices d’injustice.
Oleta Adams est aussi partie intégrante de
« Badman’s song », une composition aux contours résolument jazz : l’intro donne le ton par l’impression d’être plongé directement en pleine improvisation d’un pianiste sur un tempo très rapide. Puis le rythme se pose, les voix d’Orzabal et Adams apparaissent. Il est indéniable que la voix chaude et inspirée d’Oleta Adams accentue l’aspect jazz du morceau. Ensuite le climat d’introduction revient comme une sorte de ponctuation avant de laisser à nouveau place au calme relatif d’un tempo dans lequel les parties chantées s’insèrent. La pièce est constituée par l’alternance de ces deux ambiances sur le mode d’un crescendo/decrescendo.
« Sowing The seeds of love » est un hommage ouvert aux Beatles, source d’inspiration inépuisable pour l’ensemble des groupes pop britanniques. Les graines ont été semées, et Tears For Fears en récoltent les fruits. Les clins d’œil au groupe de Lennon/ Mc Cartney sont nombreux : par exemple, l’utilisation d’instruments habituellement réservés aux orchestres classiques (trompette, sections de violons) rappelle la fin de «
All you need is love ».
Autre titre paru en single, «
Advice for the young at heart ». Prototype du tube pop, cette chanson évoque un thème éternel, celui de la jeunesse qui s’enfuit et de la nécessité d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard. Le pont du morceau n’est pas sans évoquer
« Bopper en larmes » de Laurent Voulzy.
« Standing on the corner of the third world » est une ballade sur le Tiers-Monde et l’Occident qui s’en arrange à bon compte. Là encore, Tears For Fears n’hésite pas à aborder des sujets peu porteurs en termes d’audience. C’est en même temps ce qui a fait leur succès.La remarque vaut pour
« Famous last words » qui reprend (en partie) les paroles du plus célèbre gospel
« When the saints go marchin’in » (et les accents mélodiques de
« Woman in chains »).
La séquence enregistrée en concert de
« Year of the knife » évoque le choix similaire qui avait été fait pour
« Broken » dans
Songs From The Big Chair. L’originalité de la démarche sonne comme un remerciement au public de la part du groupe. A noter la participation de collègues pour l’album, et non des moindres : Phil Collins sur
« Woman In Chains », et Manu Katché sur
« Sowing the seeds of love », ce dernier étant un habitué du genre (cf. Peter Gabriel, Sting, etc…).
Globalement
The Seeds Of Love est un album de bonne facture, au carrefour du jazz et d’une music pop de haute volée, qui assoit et justifie la notoriété de Tears For Fears comme un des groupes incontournables des années 80.
Gabriel Perreau - Copyright 2012 Music Story