Lorsque arrive dans les bacs des disquaires en 1969 l’album que nous connaissons sous le titre* de « Space Oddity », David Bowie a 22 ans et déjà cinq années de métier. Mais s’il s’est créé un nom (il a changé « Jones » en « Bowie » en 1966) il ne s’en est pas encore fait un auprès de la critique et surtout du grand public.
Cet enregistrement (qui est le deuxième** de Bowie) est donc important dans sa carrière à deux titres :
D’abord avec le morceau « Space Oddity » qui ouvre le CD, Bowie connaît là son premier grand succès et, « petit coup de pouce » d’importance, la chanson est utilisée en Angleterre comme générique aux émissions T.V. consacrées à l’alunissage d’ Apollo XI ;
Ensuite avec son disque Bowie s’affirme en tant qu’auteur dont l’univers oscille entre fiction—voire S.F. (« Space Oddity », « Wild-Eyed Boy…», An Occasionnal Dream ») et expériences vécues (« Letter To Hermione », « Memory Of…»), entre mythologies personnelles (« Cygnet Commitee ») et influences majeures (« Unwashed And… » très dylanesque).
Si les arrangements et la tonalités des morceaux différent selon les ambiances imposées par les sujets (blues rock pour « Unwashed and… », ballade folk pour « Letter To… », psyché pour « Space Oddity » et « Memory Of… »), l’instrument se distinguant le plus est la guitare sèche ; d’ailleurs les démos originales*** ont été enregistrées à deux guitares (Bowie jouant avec son ami Hutch). Quant à la voix de Bowie, elle se place souvent dans les médiums, flirtant tout de même de temps en temps avec les hautes : le maniérisme dandy à la « Ziggy » n’existe pas encore.
Bowie ne joue pas encore dans la provocation et ses textes sont sensibles et touchants, parfois naïfs dans le sens noble du terme, « Letter To Hermione » en étant le parfait exemple ; il s’agit de la plus belle chanson d’amour écrite par lui où il met à nu son désespoir amoureux derrière un mince voile de poésie réaliste en décrivant avec justesse les moindres soupirs de tristesse de l’amant délaissé.
Les années d’ effort et de galères commence à payer avec « Space Oddity » mais David Bowie ne va pas s’arrêter en si bon chemin ; la célébrité ne se gagne pas, elle s’achète : mais à quel prix ? Le prochain album de Bowie sort l’année d’après, en 1970. Son titre ? « The Man Who Sold The World ».
Le Coin du Collector :
*cet album est paru à l’origine sous trois titres et pochettes différentes : « David Bowie » (chez Philips en Angleterre, 69), « Man Of Words/Man Of Music » (chez Mercury aux USA, 69) puis « Space Oddity » (chez RCA pour l’international en 1972).
**Le premier album de David Bowie est paru en 1967 sous un titre éponyme sur le label Decca/Deram.
***Trois chansons figurants sur la démo originale ne sont jamais sorties : « Lover To The Dawn », « Life Is A Circus » et «Love Song ». On peut trouver la version « originelle » de « Space Oddity » sur les compilations suivantes : « London Boy » (version longue non remasterisée) et « The Deram Anthology 66-68 » (version courte mais remasterisée ).