Critique
David Bowie a trouvé sa voix sur son 2ème album. Le morceau d’ouverture
« Space Oddity » est un joyau de sophistication et d’écriture musicale comme il n’en a jamais signé auparavant. C’est un dialogue sans fin entre la tour de contrôle et Major Tom qui décide de rester sur la Lune. Une seconde lecture plus subversive en fait la description d’un shoot d’héroïne, version vraisemblable car Bowie a reconnu avoir essayé l’héroïne à cette époque-là. La chanson de
Scary Monsters ,
« Ashes To Ashes », le confirmera en décrivant Major Tom comme un junkie.
Tony Visconti produit cet album aux atmosphères diverses et aux arrangements toujours inventifs. Le climat est plutôt folk et l’influence de Bob Dylan manifeste sur deux morceaux :
« Unwashed And Somewhat Slightly Dazed » et
« Cygnet Committee ». La fulgurance des images et leur surréalisme évoque les textes délirants de
Subturrean Homesick Bues, l'album électrique de Bob Dylan de 1965. Dans
« Cygnee Committee » chanson plus sérieuse, des disciples de Nietzsche par leur apologie de la violence « au nom de l’amour » évoquent les émules du gourou hippie Charles Manson meurtriers de Sharon Tate. C’est une charge contre les errances du mouvement hippie qui n’apporte pas la paix tant promise. Toute aussi ambitieux,
« Memory Of A Free Festival » est un des titres phares de l’album. La voix de Bowie toute en retenue accompagnée à l’orgue donne une solennité émouvante au morceau qui se réfère au festival gratuit qu’il organisa. Le texte exhale un esprit hippie naïf où tout s’apaise par la seule grâce du soleil et de la musique. Un rappel de la grande fête hippie de Woodstock clôt le morceau: «La machine-soleil se lève et nous allons faire la fête ».
Les autres titres sont des chansons d’amour où il règle ses comptes avec sa maîtresse Hermione. Il évoque dans la délicate ballade
« Letter To Hermione », le nouvel homme qu’elle a fait de lui et dans la très « Donovanesque »
«An Occasional Dream » les cent jours de leur amour. La tristesse se fait violence dans la rupture. Sur la plus légère
« Janine », il conte les déboires amoureux de son ami Georges Underwood. Il se fait même chroniqueur social dans
« God Knows I’m Good », histoire d’une vieille dame qui fait du vol à l’étalage.
Cependant, le joyau de l’album demeure le très orchestral
« A Wild-Eyed Boy From Freecloud » . L’histoire obscure se déroule au Moyen-Âge et conte les aventures d’un jeune homme malheureux qui finit emprisonné et pendu. Son regard semble effrayer les gens convenables : métaphore de l’artiste prophète sacrifié sur l’autel ? Malgré les problèmes de mixage de Tony Visconti et les arrangements symphoniques surchargés, David Bowie signe là un des titres les plus lyriques de sa carrière. Le manque de direction précise, les influences trop perceptibles de Bob Dylan et de Donovan ou de Simon & Garfunkel empêchent le disque d’être considéré comme un classique au même titre que
Hunky Dory. Malgré ces réserves,
Space Oddity contient en germe le sens de la mélodie, la voix versatile et les textes pleins de sens cachés qui feront le style Bowie.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Le disque original a été publié le 14 novembre 1969, sur le label Philips en Angleterre, sous le titre "David Bowie". Aux USA, il a paru sur Mercury sous le titre "Man Of Words/ Man Of Music". Il est finalement ressorti sur RCA en 1972, et s'est classé en 17ème position des charts anglais la même année. Avec cet album produit par Tony Visconti (sauf la chanson "Space Oddity", produite par le défunt Gus Dudgeon), David Bowie effectuait un gigantesque bond en avant sur le plan du songwriting. Le disque est aujourd'hui considéré comme son premier album majeur. Entre autres musiciens prestigieux, il réunissait Herbie Flowers, Tim Renwick, Terry Cox et Rick Wakeman. "Space Oddity", oscillant entre folk-rock psychédélique et musique progressive, constituait une sorte d'esquisse de ce que le plus inimitable des artistes anglais allait devenir au cours des décennies à suivre. La version double-CD sera publiée sous la forme d'un digipack avec un épais livret de photos rares, des reproductions d'objets collector, des notes de pochettes et une chronologie signés Kevin Cann. Le CD 1 propose la version originale du disque remastérisée à partir des bandes master, et le CD 2, une quinzaine de morceaux bonus dont huit inédits (incluant deux démos rarissimes).