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4.0 étoiles sur 5
Une de mes madeleines de Proust, 11 août 2009
Je n'avais pas dû écouter cet album depuis dix ans et en le réécoutant, il a fait ressurgir toute mon adolescence. C'était en 1997, Marilyn Manson et son metal-indus grand public (là, je pense à
The Downward Spiral de Nine Inch Nails qui était selon moi beaucoup moins pensé pour un large public) envahissent le paysage, Korn consolide ce qu'avaient entamé Faith No More, Body Count ou Rage Against The Machine, et devient le fer de lance du nu metal. MTV diffusait du rock indé, mais aussi ce qu'on appelait à l'époque le big beat (The Prodigy, The Chemical Brothers...) et le metal n'était pas relégué aux heures tardives. C'est donc tout naturellement que j'avais attendu la sortie de la B.O. de Spawn avec ferveur.
Dans la foulée du concept initié par la B.O. de
Judjement Night (Bof), sortie quelques années auparavant (sur laquelle chaque chanson était le fruit de la collaboration entre un artiste venu du rap et un venu du metal/grunge), sur la B.O. de Spawn nous avions 14 collaborations entre un artiste venu des divers horizons de la musique électronique en vogue à l'époque et un artiste venu du rock comme on le voyait sur MTV. Le casting était lourd, très lourd, surtout du côté rock : Tom Morello (RATM), Metallica, Korn, Marilyn Manson, Silverchair... Pas mal de noms un peu vieillissants aujourd'hui, mais qui conservent néanmoins une notoriété indéniable. Du côté électronique, le casting n'était pas mal non plus, même si certains des artistes sont un peu passés à la trappe depuis ; Moby, Orbital, Dj Spooky, Roni Size, Goldie, The Crystal Method... Bien plus motivé par les rentrées d'argent que mû par véritable intention artistique, cet album qui ne terminera pas dans les annales de la musique n'en avait pas moins cassé les barrières entre rock et musique électronique grands publics, barrières aujourd'hui totalement disparues. Comme dans toute compilation réunissant de grosses mannes financières, on se retrouve toujours avec quelques groupes moins vendeurs que les labels voudraient mettre en valeur, mais pas forcément moins bons (je pense à Stabbing Westward), quelques groupes qu'on n'aime pas pour des raisons que parfois seul un adolescent peut comprendre (là, je pense à Filter, envers qui l'origine de mon animosité m'est toujours incompréhensible), ainsi que quelques titres de remplissage d'espace sonore que l'invention du cd avait permis d'aisément zapper lors de l'écoute, à l'inverse du fastidieux fast forward sur les cassettes (là je pense à Mansun & 808 State). Comme toujours, certains cannibalisent leur collaborateur au point qu'on se demande quelle a été la contribution d'un des groupes (là, je pense à Korn qui ne laisse aux Dust Brothers que quelques parties de synthé discrètes). Déjà à l'époque, je n'étais pas dupe et savais pertinemment que la plupart des artistes ne s'étaient même pas rencontrés, chacun faisant sa partie de son côté et qu'il n'y avait pas eu d'osmose créatrice et effervescente dans un studio des nuits durant (ce qui me semble particulièrement flagrant sur For Whom The Bell Tolls de Metallica et Dj Spooky qui n'est au final qu'un remix drum & bass de la chanson de Metallica).
Mais dans l'ensemble, cette compilation était innovante, elle remplissait bien sa mission, mes oreilles d'adolescent en rebellion y trouvaient leur compte, certaines chansons étaient vraiment bonnes, je me dis que certains groupes étaient vraiment faits pour se rencontrer (The Prodigy associé au guitariste de Rage Against The Machine, ça ne pouvait que coller)et puis un des intérêts majeurs des compilations, c'est de pouvoir découvrir des groupes dont on ne soupçonnait même pas l'existence et qui pourtant vont s'avérer changer votre vie musicale ; en l'occurence, je parle de ma découverte d'Atari Teenage Riot (ici en collaboration avec Slayer). Quand je repense à l'excitation qui s'est emparée de moi quand j'ai entendu cette chanson pour la première fois et aux orientations musicales qui en ont découlé, je ne peux m'empêcher de penser que ce titre, et par extension tout l'album, constituent pour moi une véritable madeleine de Proust.
Et le film dans tout ça ? Je ne l'ai vu que plusieurs années plus tard, et contrairement au film dont je ne me souviens pas du tout, je me souviens par contre qu'on entend finalement très peu de chansons de la B.O. La présence d'un grand nombre de chansons sur les B.O. de films dans lesquels ces chansons n'apparaissent pas est un aspect de l'industrie du disque qui m'a toujours intrigué, mais c'est encore une autre histoire.
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