CHRONIQUE DE HERVE PICART MAGAZINE BEST MAI 1978 N°118 Page 59
6° Album 1977 33T Réf : CBS 82371
"Spectres" est la continuation directe de "Agents of fortune", mais dans une version plus cossue encore, voire même plus européenne. Le hard rock est de plus en plus loin, il se résume à une force qui anime la musique du Cult en sous-sol. En fait, le blues, esprit comme musique, a totalement disparu de la sphère d'activité de BOC, ce qui explique cette sorte de superficialité du ton qui contraste avec les carnages profonds que le Cult avait pris l'habitude d'exercer sur nos psychismes. Si le contexte d'intellectuel reste le même que celui d'"Agents", avec des références à la SF, à l'occultisme, au vampirisme, la musique, elle, a encore évolué vers une forme plus "civilisée". Intros de piano, de guitares délicatement arpégées, rythmes tranquillisés, arrangements somptueux, tout ici dénote d'une extrême délicatesse et d'une grande recherche dans la facture même du disque. Il ne faut pas juger sur nos regrets du Cult ancien, car dans ce cas, il nous échappe tout à fait. Mais si on l'aborde pour ce qu'il veut proposer, force est de reconnaitre la perfection de sa mise en oeuvre et le pouvoir de séduction de ses chansons. Ce sont surtout, et paradoxalement dans le contexte du Cult, les morceaux doux et lents qui sont très réussis, tels "Fireworks", "Celestial the Queen" et ses beaux synthies, "I love the night" et la guitare merveilleusement aérienne de Donald Roeser, "Nosferatu" et son atmosphère si lourde et si planante. Ces morceaux démontrent que le Cult maîtrise désormais parfaitement un style plus apaisé dont on ne l'aurait pas cru capable. En comparaison, les morceaux plus forts ne sont pas vraiment les plus percutants, excepté "Godzilla", le Cult nous ayant habitués à plus speedé. En fait, on peut désormais rapprocher le Cult de "Spectres" du Todd Rundgren des deux derniers albums d'Utopia : les deux groupes réactivent des procédés musicaux américains avec des forces plus sophistiquées empruntées à la musique européenne, conjuguant ainsi une certaine recherche sonore à une fougue électrique américaine. L'éventail est dès lors largement déployé. Ce qui fait d'ailleurs penser que le Cult d'aujourd'hui est un groupe plus complet et plus adulte. Après avoir répandu la frayeur, il échafaude maintenant un monument plus rassurant à la gloire d'une certaine idée qu'il a de la beauté. Toujours aussi esthète, ce Cult.