Mazette ! Le seul Cronenberg qui manquait à ma filmo, et je le découvre seulement maintenant...
Ce cru 2002 de Cronenberg n'a pas vraiment déplacé les foules. Bien que chaudement accueilli par la bonne presse, le public ne semble pas avoir suivi. Pas aussi clinquant qu'un "eXistenZ", pas aussi brut de décoffrage qu'un "History of Violence", Cronenberg s'adonne ici au film psychanalytique pur, rejoignant ainsi le Lynch de "Lost Highway" ou "Mulholland Drive", mais sans l'esthétique prononcée d'un thriller sur les dessous de Los Angeles. Ici, on se situe plutôt dans une banlieue prolo de Londres. C'est un Cronenberg délavé, taiseux, glauque et inquiétant comme un inconscient dévasté qui se torture en cherchant la sortie du labyrinthe.
Bien que peu avenant, faussement simpliste, pas aussi accessible que d'apparence, "Spider" n'en reste pas moins, selon moi, un pur joyaux du film schizo. Et c'est justement parce que Cronenberg refuse tout tape-à-l'oeil, parce qu'il a compris, à l'instar d'un Hitchcock, qu'un grand film psy est avant tout une oeuvre d'art chargée de symboles, que le réalisateur a totalement réussi son coup. Réinterprétation du réel, refoulement de la vérité, approche de l'inconscient comme toile d'araignée (logique structuraliste, filamenteuse, on ne peut toucher un fil sans bouger toute la toile)... Cronenberg, malin, use de flash-back vécus en temps réel pour accompagner cette espèce d'enquête policière dans les profondeurs de l'inconscient. Ralph Fiennes - coup de génie de casting - halluciné, hallucinant, ne baragouine que quelques mots durant tout le film et prouve quand même qu'il est l'un des acteurs les plus puissants de sa génération.
Le genre de film trop dense pour ne le voir qu'une fois.
D'ailleurs, je cours me le remettre.