Grand amateur de BD, je possède naturellement l'intégrale de Spirou et Fantasio, et après quelques grosses déceptions au niveau des "one-shot" souvent totalement irrespectueux de l'histoire du caractère des personnages, j'avais espéré un deuxième opus du très bon "journal d'un ingénu».
Il n'en est rien ! Les seules choses intéressantes de cette bande dessinée sont le dessin et les allusions faites aux autres auteurs (En dehors de ce minable jugement de Hergé' Le courage, c'est de savoir montrer du doigt quand le danger est passé). Le scénario, si on peut l'appeler ainsi, est quasiment inexistant, creux et ressemble à s'y méprendre à ces mauvais films de guerre caricaturaux et bourrés de stéréotypes d'avant les années 60-70. Aucune profondeur et aucune véritable histoire. Par contre en vente pour le 8 mai, quel hasard.
Hélas le massacre ne s'arrête pas là. Si le parler bruxellois pouvait être une bonne idée, il sert ici de démarcation entre une Belgique populaire et résistante (quelques rares Belges à la botte de l'ennemi quand même hein pour faire genre. Dont le seul noir de l'histoire. Honni soit, qui mal y pense) contre l'envahisseur limite débile.
L'héroïsme sans faille contre la bêtise lubrique et sadique des Allemands,
qui d'ailleurs ne sont désignés que par "Doryphore","Boche","Fridolin" etc'
et ce, même dans les annotations où le juron allemand devient le "terrible juron boche". Pas une ligne sans un doryphore ou un boche que c'en est soûlant.
Pire qu'un Buck Danny des premières heures où les "faces de citrons" redevenaient au moins des Japonais en dehors du discours direct.
Mais entre 1951 et 2009, on aurait pu espérer une évolution prenant en compte la vision moins monochrome de ces dernières décennies.
Les noms donnés sont également d'une bêtise affligeante, avec, comme 1er prix, Mlle Chickengrüber vague anglicisme avec une terminaison graphique en ü pour faire "boche".
Et bien sûr grande, blonde, nymphomane, etc.'
Ce qui est le plus choquant à mes yeux, c'est de faire de Spirou, cet homme qui combattit des dictateurs sans jamais verser de sang, un assassin cynique. On peut ainsi voir Spirou après avoir écrasé des Allemands avec sa voiture et tuer les derniers en les faisant brûler vif, faire des "blagues" comme le "hot-boche" ou le très sensible "pouah ça sent la saucisse SS grillée" pendant que l'on assiste à une immolation. Les Allemands, qui sont tous des SS naturellement, meurent le bras levé, en criant "ah mon führer". Je passerai sur les Allemands en sang ou mourant qui traînent un peu partout dans cette "aventure". Et l'arme secrète à base de chauve-souris explosives développée par un Belge patriote (il veut détruire tous les avions allemands) mais un peu fou (en vrai c'est l'inventeur de Radar) que les méchants savants "Boche" récupèrent. Les Allemands avaient naturellement leur laboratoire de pointe en Belgique voyons. Et puis la dernière poche de résistance des Nazi était également en Belgique bien sûr.(L'important n'est pas de connaître l'histoire c'est de savoir raconter n'importe quoi en ayant l'air de la connaître)
J'aimerais conseiller aux auteurs de voir des films comme les lettres d'Iwo Jima, le bateau, le soldat James Ryan et Au Bon Beurre (et même la 7ième compagnie)', histoire de leur faire découvrir les 60 ans d'évolution qui semble leur manquer. Et peut-être de relire Franquin, dont le très bon "Le dictateur et le champignon " où même les méchants sont drôles, les caractères étudiés et profonds.
Il n'y a que peu de BD que je regrette profondément d'avoir lue et celle-là en fait partie.