« Beauté déviante » explose comme un acide et sombre cocktail, et annonce la couleurs sans ambages. Le débit placide de Félix J et l'instrumentarium débridé de Franco Mannara font des merveilles en guise d'introduction à ce second album du Spoke Orkestra, sorti en 2007 (trois ans après Interdit aux mineurs, qui était déjà une sacrée réussite !)
Nada enchaîne sans se faire prier (« Les gens »), avec son timbre et ses mots inimitables, sa diction alanguie et veloutée, qui constitue un ironique trompe-l’œil à l'horreur ordinaire qu'il conte comme personne...
Bien qu'elle n'ait rien de réjouissant, la première saillie verbale de D'de Kabal (« On vit là »), sur fond de batterie et harmonica déglingués, est un autre régal immédiat. Mais quelle clairvoyance dans la noirceur... Il faudrait faire écouter ça aux cravatés qui continuent de ne rien faire pour améliorer la vie dans les banlieues, laissant le couvercle sur la marmite au mieux, quand ils n'aggravent pas la situation (un peu plus loin, on a droit à la variation non moins trash qu'en fait Nada - « Kiffe la m*** city »).
Les soixante-deux minutes de l'album défilent, et on reste haletant face aux contributions individuelles et collectives des trois larrons, impeccablement soutenues par Mannara, homme-orchestre très rock n'roll, et une poignée d'invités ici ou là (les guitariste Serge Teyssot-Gay et Gilles Coronado, le bassiste Karim Boutayeb, le batteur Christophe Dumas...). D'un bout à l'autre, la sincérité et l'impudeur positive des textes sont saisissants ; et la musique, en forme d’élixir protéiforme et décomplexé, met le grain de folie supplémentaire.
N.B. Depuis ce second album, le groupe a continué son chemin avec Abd El Haq en lieu et place de Nada (voir les récents enregistrements Deux mille douze, acte 1 et acte 2, disponibles en téléchargement uniquement).