Ce groupe de rock anglais a commis une poignée d’albums mais c’est celui-ci qui a marqué les esprits à son époque, et il demeure encore aujourd’hui une véritable perle du rock anglais des années soixante.
Il y règne une atmosphère nulle part ailleurs retrouvée, ni auparavant ni depuis ; déluge de strates descendantes, magma apparemment brouillon mais au contraire très élaboré, aucun titre n’est plus faible que les autres, et sa sonorité unique est le fait du tandem formé par le célèbre producteur Jimmy Miller (The Rolling Stones, Blind Faith, Nirvana, entre autres) et l’ingénieur du son Andy Johns, bien secondé par la maîtrise des instrumentistes et la qualité de leurs vocaux. Un vrai feu d’artifice qui couve sous une apparente nonchalance puisque les tempos moyens sont de rigueur, ondulants, entraînant une homogénéité certaine alors qu’aucun morceau ne ressemble à un autre.
Il débute de façon très originale par un rythme de batterie isolé de trente secondes, un écho montant sur la caisse claire vers la fin qui fait immédiatement saliver.
« Waitin’ for the Wind » donne tout de suite le ton, avec ses ruptures et les voix des deux chanteurs se répondant sur les couplets et à l’unisson sur le refrain. L’épique
« Evil Woman » et les furieuses parties de guitare de Luther Grosvenor sur fond d’orgue et chœurs déchaînés culmine à neuf minutes. Les deux chanteurs Gary Wright et Mike Harrison se partagent couplets et refrains dans quelques titres, ajoutant une touche de variété et d’imprévisibilité (
« Feelin’ Bad », où l'on devine Joe Cocker dans les chœurs). La touche romantique est apportée par
« I ‘ve Got Enough Heartaches » composé par le batteur Mike Kellie et écrit par Gary Wright pour la voix incroyable de Mike Harrison.
Si les premiers titres sont déjà forts, l’album semble monter en puissance au fur et à mesure, pour se terminer en apothéose avec le majestueux
« Better by You, Better Than Me » (sa reprise par Judas Priest sur
Stained Class vaudra au groupe de heavy metal une action en justice en 1990 - voir Judas Priest -), et le délicat
« Hangman Hang My Shell on a Tree » au tout aussi grandiose refrain et au festival de choeurs.
L’édition CD (tant attendue) de 2005 ajoute quatre bonus, dont la face B du 45 tours
« That Was Only Yesterday » inédite en album jusqu’ici :
« Oh! Pretty Woman ». Même la photo de pochette est une réussite qui interpellait les clients, avec ce grain spécial du à Ethan Russell (oui, le Ethan Russell de la pochette de
Let it Be). Une réussite totale, qui s’écoute toujours avec grand plaisir et peut être une vraie découverte pour les vrais curieux…
Jean-Noël Ogouz - Copyright 2013 Music Story