On entre dans l'univers de Mojave 3 comme on entre en religion... Tête baissée et plein d'humilité. Une telle finesse musicale ne s'est pas entendue depuis des années (à quelques exceptions près : Mercury Rev, Tindersticks, Swell...). Pour comprendre complétement Mojave 3, il faut remonter à Slowdive, groupe mythique du défunt label Creation, où officiait Neil Halstead et sa bande. Pratiquant une pop shoegazer plus emprunte d'intimité que de rage, il poindait déjà à l'époque la promesse d'un songwritting d'exception. La confirmation viendra 4 albums plus tard, avec le premier album de Mojave 3. De là, le dessin d'un univers propre commença à se dessiner, aussi spécifique que peut l'être celui de Nick Cave ou des Cocteau Twins. Quelque chose d'unique était en train de naître. En parallèle à ce travail sur la création d'une empreinte musicale propre avec le groupe, Neil Halstead s'essaiera en solo en 2002. Cette expérience lui permettra d'aller au bout de ses capacités mélodiques. Résultantes de ces années de travail et de recherches, "Spoon & Rafter", 4ème album de Mojave 3, laisse pantoit de perfection. L'album s'ouvre avec l'épique "Bluebird Of Happiness", sorte de monument pop dont les 9 mn 14 se dévorent comme le plus passionant des romans. S'enchaînent une suite de pop songs parfaites (Billy Oddity) et soudain, "Battle Of The Broken Hearts" vous prend à la gorge, vous clouant d'émotion. Equilibré, profond, parfaitement produit et arrangé, "Spoon & Rafter" est à ranger au rayon des chefs d'oeuvre, aux côtés du "Pet Sounds" des Beach Boys, des "Kindakinks" des Kinks et autre "Pink Moon" de Nick Drake. Poignant, captivant, envoutant et forcément indispensable.