Nous voici face à un enregistrement (de plus) de pièces assez célèbres de Vivaldi, dont le fameux "Nisi Dominus" objet de multiples versions tantôt avec voix d'hommes (castrat) ou de femmes (soprano).
Ce sont des pièces de recueillement, de douleur, de l'ordre évident du sacré et de la religion.
L'enjeu est donc de rendre l'insoutenable de la mort, de la souffrance, par un registre orchestral contenu, grave, et surtout par des chants solistes à qui l'on demande une "couleur" dramatique. En contre point, il s'agit de ne pas enfermer l'auditeur dans le désespoir, et de lui ouvrir le domaine de l'espérance par les parties les plus enlevées et limpides, presque joyeuses de la partition. Comme si souvent, l'enjeu est donc de ne pas caricaturer cette oscillation entre le bien et le mal, entre la joie de vivre et la mort, entre le paradis et l'enfer.
On imagine dès lors que l'intention originelle de Vivaldi devait résider dans ce contraste voulu et contrôlé entre les pôles fondateurs de la religion.
Fabio Biondi à la tête de Europa Galante a très bien compris cela et à mon sens parvient parfaitement à rendre cette ambivalence du propos musical. Les plus chagrins diront qu'il est surtout présent et à l'aise dans les parties allegro de la partition. C'est assez exact, d'autant que ces passages lui permettent de mettre en valeur son jeu de violon , il est vrai superbe.
Sur le plan vocal c'est à David Daniels que revient la lourde charge de porter toute la douleur humaine dans des pièces vocales aussi belles que complexes.
Tout est question de goût, mais il me semble que du côté des interprètes masculins, Andreas Scholl, Phillppe Jarrousky,Gerard Lesne et surtout James Bowman font mieux en ce sens que leur interprétation est moins empâtée dans le discours orchestral, et surtout que le timbre et l'interprétation douloureuses du'ils donnent sont plus en correspondance avec l'esprit que la façon, presque lyrique de Daniels. Du côté des interprètes féminins, ma préférence va de loin à la version de Sara Mingaro avec Rinaldo Allessandrini. La forme émotionnelle qu'ils donnent à ces pièces s'établi toujours en proximité immédiate du tragique de nos existences.
Le point fort du présent enregistrement c'est incontestablement Europa Galante et le violon de Fabio Biondi qui conduit l'ensemble selon une approche qu'il faut saluer, très contrastée, très enlevée et emplie de profondeur théâtrale quand elle l'exige.
Au final une très utile version complété par l'héroïque "Longe mala" rarement enregistré.