Simon Sebag Montefiore nous invite à reprendre le fil de l'histoire de Staline, et "La Cour du Tsar Rouge" constitue la suite logique du
Le jeune Staline. Ce livre n'est pas à proprement parler une biographie de Staline, mais davantage un récit de la vie de la cour de Staline, et de la vie (ou plutôt survie) à sa cour : il faut donc le prendre pour ce qu'il est. Il nous dépeint de façon très détaillée, grâce aux nombreux Mémoires publiés par les proches du tyran, toutes les relations de pouvoir de ceux qui gravitaient autour de Staline, les jalousies, les haines, les coups-bas. Il nous dépeint les relations de pouvoir, les dîners gargantuesques se terminant en beuveries où se décident l'avenir de l'Union Soviétique, la paranoïa du chef, etc. Le récit suit la chronologie de l'Union Soviétique sous le règne stalinien : la mise en place de la collectivisation, la grande Terreur, les purges, les Procès de Moscou, le Pacte Germano-Soviétique, la Grande Guerre Patriotique, et les dernières années de la vie du Vojd. Ce récit permet de comprendre les ascensions fulgurantes de certains pontes, puis leur chute tout aussi fulgurante, la dévotion au Parti, à Staline, la paranoïa constante, et la peur omniprésente et omnipuissante.
En lisant ce livre, il est difficile de se faire une idée précise de Staline. Modeste géorgien s'étant retrouvé à la tête d'un Empire, fasciné par l'Histoire, titan communiste, paranoïaque, les adjectifs de ne manquent pas. Mais des marques d'humanité, de profonde humilité, de tendresse, de timidité presque maladive émanent également. Ainsi, cette anecdote où apercevant des gens faisant la queue pour attendre le bus, il se charge de les conduire à destination dans sa voiture personnelle, et, discutant avec une petite fille, lui demande son adresse et lui enverra un uniforme et un cartable tout neuf. D'autres anecdotes de cet acabit se retrouvent tout au long du livre. Il ne fait pourtant aucun doute que Staline a, de sa propre main envoyé quantité de ses concitoyens au goulag, et qu'il ne pouvait pas ne pas savoir la portée de ses décisions, des décrets ou des listes d'exécutions qu'il signait. Il était de plus entouré d'une clique de pervers, de violeurs, de potentats cruels et sanguinaires (Ejov, Beria, Khrouchtchev, Kaganovitch, Abakoumov, Yagoda pour ne reprendre qu'eux) qui exécutaient ses basses oeuvre. Mais malgré cela, on retrouve toujours cette image du père de famille aimant, du père blessé par l'alcoolisme de son fils, par le suicide de son épouse Nadia, toujours prêt à écrire un mot doux à ses proches, mais n'hésitant pas non plus à exécuter des membres de sa propre famille, ou déporter les épouses de ses principaux collaborateurs. Staline voulait sans doute égaler le pouvoir des tsars, voire le dépasser, en disposant à sa guise, de toute vie sur son empire...Ce livre apporte beaucoup de réponses, mais pose aussi beaucoup de questions.
Mes réserves portent sur trois points : tout d'abord l'absence de chronologie clairement établie, qui rend la lecture parfois délicate pour replacer les événements dans leur contexte, notamment au début du livre. Ensuite, le côté un peu brouillon du récit, qui est aussi je pense une des conséquences du point précédent. On a parfois l'impression d'avoir une succession d'anecdotes, parfois sans lien l'une par rapport à l'autre. Dernier point, ce sont les coquilles relativement nombreuses (fautes d'orthographes ou de grammaire, phrases mal traduites, etc.).